de ce genre à moitié effacé? Celte donnée toute vulgaire, quine fournirait pas deux pages de roman, est devenue entre lesmains de Henri Heine un admirable poëme, dont les péripétiessont toutes morales ; toute l’âme humaine vibre dans cespetites pièces, dont les plus longues ont trois ou quatrestrophes. Passion, tristesse, ironie, vif sentiment de la natureet de la beauté plastique, tout cela s’y mélange dans la pro-portion la plus imprévue et la plus heureuse ; il y a çà et làdes pensées de moraliste condensées en deux vers, en deuxmots; un trait comique vous fait pleurer, une apostrophepathétique vous fait rire ; — les larmes à chaque instant vousviennent aux paupières et le sourire aux lèvres, sans qu’onpuisse dire pourquoi, tant la fibre secrète a été touchée d’unemain légère! En lisant l’ Intermezzo, l’on éprouve comme uneespèce d’effroi : vous rougissez comme surpris dans votresecret ; les battements de votre cœur sont rhythmés par cesstrophes, par ces vers, de huit syllabes pour la plupart. Cespleurs que vous aviez versés tout seul, au fond de votrechambre, les voilà figés et cristallisés sur une trame immor-telle. — Il semble que le poè'te ait entendu vos sanglots , etpourtant ce sont les siens qu’il a notés.
Un doux clair de lune éclaire toujours un côté des figures,et la rêverie allemande, bien que raillée avec une grâceextrême, se fait jour à travers l’ironie française et l’humourbyronienne. Ce qu’il y a de surprenant, c’est que ces imagessi fugitives, ces impressions si vaporeuses, sont taillées etciselées dans le plus pur marbre antique, et cela sans fatigue,sans travail apparent, sans que jamais la forme gêne la pensée.La traduction laissera-t-elle subsister quelque chose do cetteplastique intellectuelle? Le lecteur pourra s’appliquer à larecomposer du moins!