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ATTA TROLL. 67
gratte la tête comme un poëte qui cherche la rime; il amême l’air de scander le rhythme.
Près de leur père aussi sont couchées, couchées surle dos en rêvant, les filles d’Atta Troll, belles d’innocencecomme des lis à quatre pattes.
Quelles tendres pensées s’épanouissent dans l’âme deces vierges au poil blanc? Leurs yeux sont humides depleurs.
La plus jeune surtout paraît profondément émue.Elle sent dans son cœur un transport de bonheur; —éprouve-t-elle la puissance de Gupidon?
Oui, la flèche du petit dieu a traversé sa fourrurelorsqu’elle a vu... O ciel ! celui qu’elle aime, c’est unhomme !
C’est un homme, et il s’appelle prince Chenapanski.Dans la grande déroute carliste, un matin, dans la mon-tagne, il passa près d’elle en courant à toutes jambes.
Le malheur d’un héros touche toujours les femmes,et, sur la figure de celui-là, on lisait comme d’habitudela pâle mélancolie, les sombres soucis, le déficit finan-cier.
Tout son pécule de guerre (vingt-deux grosch, mon-naie de Prusse), qu’il avait apporté en Espagne, étaitdevenu la proie d’Espartero.
Il n’avait pas même sauvé sa montre, restée au mont-