158
DE L’ALLEMAGNE.
Comment se fait-il que les philosophesmontrent tant de prédilection pour la formemathématique ? Cette prédilection commencedès le temps de Pythagore, qui désigna pardes nombres les principes des choses. C’étaitune pensée d’homme de génie : tout le sensibleet le fini est retranché dans un nombre, etpourtant il indique quelque chose de déter-miné, et le rapport de cette chose à une autrechose déterminée, qui, désignée à son tour parun nombre, reçoit ce même caractère d’insen-sible et d’infini. En cela, le nombre ressembleaux idées qui ont entre elles le même caractèreet le même rapport. On peut indiquer d’unemanière très frappante , par des nombres, lesidées telles qu’elles se produisent dans notreesprit et dans la nature ; mais le nombre n’esttoujours après tout que le signe représentatifde l’idée, et non l’idée elle-même. Le maître abien encore la conscience de cette distinction;mais l’écolier l’oublie, et ne transmet à d’autresécoliers de seconde main que des hiéroglyphesnumériques, des chiffres morts dont personnene connaît plus le sens vivifiant. Cela s’ap-plique aussi aux autres élémens de la formemathématique. L’intellectuel, dans son étei’-