DE L’ALLEMAGNE.
r'oa
traction quand il était question de la royauté ,et il se démenait d’une manière assez effrayantedans son épilepsie régicide ; mais s’agissait-ilde l’Etre-Suprême, il essuyait l’écume quiblanchissait sa bouche, lavait ses mains en-sanglantées , sortait du tiroir son habit bleudes dimanches avec ses beaux boutons en mi-roirs , et plantait une botte de fleurs devantson large gilet.
L’histoire de la vie d’Emmanuel Kant estdifficile à écrire, car il n’eut ni vie ni histoire ;il vécut d’une vie de célibataire, vie mécani-quement réglée et presque abstraite, dans unepetite rue écartée de Kœnigsberg, vieille villedes frontières nord-est de l’Allemagne. Je necrois pas que la grande horloge de la cathé-drale ait accompli sa tâche visible avec moinsde passion et plus de régularité que son com-patriote Emmanuel Kant. Se lever, boire lecafé , écrire , faire son cours, dîner, aller h lapromenade , tout avait son heure fixe , et lesvoisins savaient exactement qu’il était deuxheures et demie quand Emmanuel Kant, vêtude son habit gris, son jonc d’Espagne à lamain, sortait de chez lui, et se dirigeait versla petite vallée de tilleuls, qu’on nomme en-