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OEUVRES DE HENRI HEINE
tenrlait que cette race maudite avait attiré la colèrede Dieu et empoisonné les fontaines au moyen deslépreux. La populace irritée, et surtout les hordesdes Flagellants, ces hommes et ces femmes qui par-couraient à moitié nus les hords du Rhin et l’Alle-magne méridionale en se fouettant eux-mêmes pourfaire pénitence et en chantant une hymne folle enl’honneur de Marie, assassinèrent alors les Juifs parmilliers; lorsqu’ils ne les tuaient pas, ils les tortu-raient ou les baptisaient malgré eux. Une autreaccusation qui, auparavant déjà et pendant tout lesiècle dernier, fit verser beaucoup de sang et causabien des angoisses, ce fut ce conte ridicule répétésouvent jusqu’à satiété dans les chroniques et leslégendes : les Juifs, disait-on, volaient des hostiesconsacrées qu’ils perçaient à coups de couteau jus-qu’à ce que le sang en sortît, et immolaient des en-fants chrétiens pour se servir de leur sang dansleurs cérémonies nocturnes. Les Juifs, déjà si dé-testés à cause de leur croyance, de leurs richesseset de leurs créances, étaient à l’époque de ces fêtestout à fait-à la discrétion de leurs ennemis qui pou-vaient bien facilement les perdre : on n’avait qu’àrépandre le bruit d’un de ces infanticides, ou même