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OEUVRES DE HENRI HEINE
aussi délabrés. Ces rues qu’on aperçoit par la porteen ruines sont misérables, laides et boueuses; il yrègne un morne silence qu’interrompent seulementpar intervalles les cris des enfants, la voix per-çante des femmes et le mugissement des vaclies.Mais ces murs étaient autrefois de fiers et solidesremparts, et dans ces rues étroites s’agitait une po-pulation libre, vive et active; on y voyait régner la _puissance et le luxe, le plaisir et la souffrance, beau-coup d’amour et beaucoup de haine. Bacharacli étaitjadis un de ces municipes que fondèrent les Ro-mains à l’époque de leur domination sur le Rhin,et bien que les temps suivants aient été très-orageux,bien que cette ville soit tombée plus tard sous lasuzeraineté des Hohenstaufen, et en dernier lieusous celle des Wittelsbach, ses habitants surent ce-pendant suivre l’exemple d’autres cités des bords duRhin, et se conserver une constitution assez libre.Celle-ci reposait sur l’alliance de deux classes dis-tinctes, celle des anciens habitants, des patriciens,et celle des corporations qui se subdivisait en diffé-rents corps de métiers. Ces deux classes aspiraientchacune de son côté à s’emparer exclusivement dupouvoir; de sorte que si au dehors elles étaient so-