APERÇU HISTORIQUE
quelque peu brutale : « Il est certain que la naissance ne met pas plus de diffé-rence entre les hommes et un ânon dont le père portait des reliques. L'éducationfait la grande différence ; les talents la font prodigieuse; — la fortune encoreplus. ))
L'holocauste de l'aristocratie et le triomphe de la bourgeoisie, consommés dansla nuit du 4 août 1789, étaient donc pressentis depuis longtemps par la tendancedes esprits et les appréciations philosophiques du libre examen.
Napoléon, dans ses tentatives de réorganisation sociale, essaya de réhabiliter lanoblesse, ou plutôt d'en créer une nouvelle, qu'il dota et pourvut de majorats : ilsentait qu'une noblesse sans attributions est un non sens dans l'ordre politique.Il la fit reposer sur des titres honorifiques, personnels, attachés à un certainnombre de dignités, et héréditaire par ordre de primogéniture, moyennant l'érec-tion de majorats. Elle représentait ainsi, mais sans privilèges réels, les premiersducs et comtes fonctionnaires de nos premiers temps historiques, et les anciensducs, comtes et barons héréditaires des temps féodaux.
La charte de 1814, sans rétablir la noblesse dans des privilèges désormais im-possibles, lui rendit quelque chose de son ancienne auréole, tout en maintenantles droits acquis plus récemment. L'article 71 était ainsi conçu : « La noblesse an-cienne reprend ses titres ; la nouvelle conserve les siens. Le roi fait des nobles àvolonté ; — mais il ne leur accorde que des rangs et des honneurs, sans aucuneexemption des charges et des devoirs de la société. » — Si bien qu'on revit desducs, des comtes, des marquis et des barons ; mais sans duchés, sans comtés, sansmarquisats, sans baronnies.
A côté des essais de jurisprudence nobiliaire tentés sous l'Empire et la Restau-ration, se glissèrent de nombreux éléments de désordre qui rendirent facile l'usur-pation des noms, des titres et des armes. A défaut des privilèges nombreux sup-primés sans retour, on voulut, en ressuscitant les titres, rétablir au moins etrap-peler l'ancienne hiérarchie. L'ordonnance de 1817, sur la délivrance des Lettrespatentes des titres de Pairie, statuait, article 12 : « Que les fils aînés des ducs-pairs prendraient le titre de marquis ; ceux des marquis-pairs le titre de comte ;ceux des comtes-pairs le titre de vicomte ; ceux des vicomtes-pairs le titre de ba-ron ;— enfin, ceux des barons-pairs le titre de chevalier. Les fils puînés de tousles pairs devaient porter de droit le titre immédiatement inférieur à celui de leursaînés.
Cette disposition, déjà bien loin des principes d'égalité proclamés par les idéesnouvelles et par les lois révolutionnaires, n'était pourtant applicable qu'aux fa-milles honorées de la pairie ; mais la fioblesse exclue de la pairie ne s'en fit pasmoins une sorte de droit également à son usage, et, par assimilation, suivit unehiérarchie analogue. Il devint suffisant qu'un titre fût possédé par un des mem-bres d'une famille pour que tous les autres prissent/sinon la même titulature, aumoins celle d'un rang inférieur.
L'ordonnance de février 1824 modifia cet état de choses, en soumettant l'héré-dité des titres à la constitution de majorats. « A l'avenir (porte l'article C de cetteordonnance), les titres de baron, de comte, de vicomte, de marquis et de duc,qu'il nous aura plu d'accorder à ceux de nos sujets qui nous en auront paru di-gnes, seront personnels, et ne passeront à leurs enfants et descendants en lignedirecte, qu'autant que les titulaires auront été autorisés par nous à constituer, etauront constitué, en effet, le majorât affecté au titre dont ils seront revêtus. »
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