416 LES AVANTURESte, & pleins d'une flame divine, sa barbe grise & négligée dispa-roît ; des traits nobles & fiers, mêlez de douceur & de grace, semontrent aux yeux de Télémaque éblouï ; il reconnoît un visage defemme avec un teint plus uni qu'une fleur tendre & nouvellementéclose au Soleil : on y voit la blancheur des lys mêlée de roses nais-santes. Sur ce visage fleurit une éternelle jeunesse avec une majestésimple & négligée ; une odeur d'ambroisie se répand de ses cheveuxflotans : ses habits éclatent comme les vives couleurs, dont le So-leil en se levant peint les sombres voûtes du Ciel, & les nuages qu'ilvient dorer. Cette Divinité ne touche pas du pied à terre, elle cou-le légérement dans l'air comme un oiseau le fend de ses aîles ; elletient de sa puissante main une lance brillante, capable de faire trem-bler les Villes & les Nations les plus guerriéres. Mars même en se-roit effrayé ; sa voix est douce & modérée, mais forte & insinuan-te ; toutes ses paroles sont des traits de feu qui percent le cœur de Té-lémaque, & qui lui font ressentir je ne sai quelle douleur délicieusesur son casque paroît l'oiseau triste d'Athénes, & sur sa poitrine brillela rédoutable Egide. A ces marques Télémaque reconnoît MinerveO Déesse, dit-il, c'est donc vous-même qui avez daigné condui-re le fils d'Ulysse pour l'amour de son pére ! Il vouloit en dire davan-tage, mais la voix lui manqua, ses lèvres s'efforçoient en vain d'ex-primer les pensées qui sortoient avec impétuosité du fond de soncœur. La Divinité présente l'accabloit, & il étoit comme un hom-me, qui dans son songe est oppressé jusqu'à perdre la respiration, &qui par l'agitation pénible de ses lévres ne peut former aucune voixEnfin Minerve prononça ces paroles : Fils d'Ulysse, écoutez-moipour la derniére fois. Je n'ai instruit aucun mortel avec autant desoin que vous ; je vous ai mené par la main au travers des naufra-ges, des terres inconnuës, des guerres sanglantes, & de tous lesmaux qui peuvent éprouver le coeur de l'homme. Je vous ai montrépar des expériences sensibles les vraies & les fausses maximes par les-quelles on peut régner : vos fautes ne vous ont pas été moins utilesque vos malheurs. Car quel est l'homme qui peut gouverner sage-ment, s'il n'a jamais souffert, & s'il n'a jamais profité des souffran-
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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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