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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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396 LES AVANTURESA mesure que Télémaque parloit, sa voix devenoit plus for-te, & sa timidité disparoissoit. Idoménée ne savoit que répon-dre, & ne pouvoit demeurer d'accord de ce que le fils d'U-lysse lui disoit. Lorsqu'il ne pouvoit plus parler, du moins il tâ-choit par ses regards & par ses gestes de faire pitié. Dans ce mo-ment il vit paroître Mentor, qui lui dit ces graves paroles : Nevous affligez point, nous vous quittons, mais la Sagesse qui pré-side aux conseils des Dieux, demeurera sur vous ; croyez seule-ment que vous êtes trop heureux que Jupiter nous ait envoyez icipour sauver votre Royaume, & pour vous ramener de vos égaremens. Philoclés, que nous vous avons rendu; vous servira fi-délement. La crainte des Dieux, le goût de la vertu, l'amourdes peuples, la compassion pour les misérables, seront toujoursdans son cœur. Ecoutez-le, servez-vous de lui avec confiance &sans jalousie. Le plus grand service que vous puissiez en tirer,est de l'obliger à vous dire tous vos défauts sans adoucissement.Voilà en quoi consiste le plus grand courage d'un bon Roi, quede chercher de vrais amis qui lui fassent remarquer ses fautes.Pourvu que vous ayez ce courage, notre absence ne vous nuirapoint, & vous vivrez heureux : mais si la flaterie qui se glissecomme un serpent, retrouve un chemin jusqu'à votre coeur pourvous mettre en défiance contre les conseils désintéressez, vous ê-tes perdu. Ne vous laissez point abattre à la douleur ; mais efforcez-vous de suivre la vertu. J'ai dit à Philoclés tout ce qu'ildoit faire pour vous soulager & pour n'abuser jamais de votre con-fiance ; je puis vous répondre de lui : les Dieux vous l'ont don-, comme ils m'ont donné à Télémaque ; chacun doit suivrecourageusement sa destinée, il est inutile de s'affliger. Si jamaisvous avez besoin de mon secours, après que j'aurai rendu Télé-maque à son pére & à son pays, je reviendrai vous voir. Quepourrois-je faire qui me donnat un plaisir plus sensible ? je ne cher-che ni biens, ni autorité sur la terre ; je ne veux qu'aider ceux quicherchent la justice & la vertu. Pourrois-je jamais oublier la con-fiance de l'amitié que vous m'avez témoignée !