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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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94 LES AVANTURESménée, il étoit honteux de sa crainte, & n'avoit pas le courage dela surmonter ; il hésitoit, il faisoit deux pas, & revenoit inconti-nent pour alléguer à Mentor quelque nouvelle raison de différer :mais le seul regard de Mentor lui otoit la parole, & faisoit dispa-roître tous ses beaux prétextes. Est-ce donc, disoit Mentor ensouriant, ce vainqueur des Dauniens, ce libérateur de la grandeHespérie, & ce fils du sage Ulysse, qui doit être après lui l'oracle de la Gréce ? Il n'ose dire à ldoménée qu'il ne peut plus retarder son retour dans sa patrie pour revoir son pére. O peuple d'I-thaque ! combien seriez-vous malheureux un jour, si vous aviezun Roi que la mauvaise honte domine, & qui sacrifie les plusgrands intérêts à ses foiblesses sur les plus petites choses. Voyez, Telémaque, quelle différence il y a entre la valeur dans les combats &le courage dans les affaires : vous n'avez point craint les armes d'A-draste, & vous craignez la tristesse d'Idoménée. Voilà ce qui des-honore les Princes, qui ont fait les plus grandes actions : après a-voir paru des Héros dans la guerre, ils se montrent les derniersdes hommes dans les actions communes d'autres se soutiennentavec vigueur.Télémaque sentant la vérité de ces paroles, & piqué de ce re-proche, partit brusquement sans s'écouter soi-même : mais à peinecommença-t-il à paroître dans le lieu ldoménée étoit assis, sesyeux baissez, languissans & abattus de tristesse, qu'ils se craigni-rent l'un l'autre : il n'osoit le regarder ; ils s'entendoient sans se riendire, et chacun craignoit que l'autre ne rompît le silence ; ils semirent tous deux à pleurer. Enfin ldoménce pressé d'un excès dedouleur, s'écria: A quoi sert de rechercher la vertu, si elle re-compense si mal ceux qui l'aiment ? Après m'avoir remontré mafoiblesse on m'abandonne : bien! je vais retomber dans tousmes malheurs ; qu'on ne me parle plus de bien gouverner ; non,je ne puis le faire, je suis las des hommes. voulez-vous allerTélémaque ? Votre pére n'est plus, vous le cherchez inutilement,Ithaque est en proye à vos ennemis ; ils vous feront périr si vousy retournez. Quelqu'un d'entre eux aura épousé votre mére; de-meu-