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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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366 LES AVANTURESmême. Le Prince foible, ignorant & sans expérience, ne verraque par les yeux d'un favori passionné, ou d'un Ministre flateur,inquiet & ambitieux. Ainsi ce Prince aveugle s'engagera à la guer-re sans la vouloir faire ; vous ne pourrez jamais vous assurer de lui,car il ne pourra jamais être sur de lui-même ; il vous manquera deparole, il vous réduira bientôt à cette extrémité, qu'il faudra, ouque vous le fassiez périr, ou qu'il vous accable. N'est-il pas plusutile, plus sur, & en même tems plus juste & plus noble, de ré-pondre fidélement à la confiance des Dauniens, & de leur donnerun Roi digne de commander ?Toute l'assemblée fut persuadée par ces discours. On alla propo-ser Polydamas aux Dauniens, qui attendoient une réponse avec im-patience. Quand ils entendirent le nom de Polydamas, ils répondi-rent : Nous connoissons bien maintenant que les Princes alliez veu-lent agir de bonne foi avec nous & faire une paix éternelle, puis-qu'ils nous veulent donner pour Roi un homme si vertueux & sicapable de nous gouverner. Si on nous eût proposé un homme lâ-che, efféminé & mal instruit, nous aurions cru qu'on ne cherchoitqu'à nous abattre & qu'à corrompre la forme de notre gouverne-ment, nous aurions conservé en secret un vif ressentiment d'uneconduite si dure & si artificieuse : mais le choix de Polydamas nousmontre une véritable candeur. Les alliez sans doute n'attendent riende nous que de juste & de noble; puisqu'ils nous accordent un Roi,qui est incapable de rien faire contre la liberté & la gloire de notreNation. Aussi pouvons-nous protester à la face des justes Dieux,que les fleuves remonteront vers leurs sources, avant que nous ces-sions d'aimer des Rois si-bien faisans. Puissent se ressouvenir nosderniers neveux du bienfait que nous recevons aujourd'hui, & re-nouveller de génération en génération la paix de l'âge d'or danstoute la côte de l'Hespérie !Télémaque leur proposa ensuite de donner à Dioméde les cam-pagnes d'Arpi, pour y fonder une Colonie. Ce nouveau peuple,leur disoit-il, vous devra son établissement dans un pays que vousn'occupez point. Souvenez-vous que tous les hommes doivent s'entr'ai-