Druckschrift 
Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
Seite
360
Einzelbild herunterladen
 

360 LES AVANTURESment pour sa liberté, & les Dieux ennemis de la tyrannie combat-tront avec lui. Si les Dieux s'en mêlent, tôt ou tard vous serezconfondus, & vos pro$péritez $e di$$iperont comme la fumée. Leconseil & la sagesse seront ôtez à vos Chefs, le courage à vos ar-mées, l'abondance à vos terres. Vous vous flaterez, vous sereztéméraires dans vos entreprises; vous ferez taire les gens de bienqui voudront dire la vérité; vous tomberez tout-à-coup, & l'ondira de vous : Sont-ce donc ces peuples florissans qui devoientfaire la Loi à toute la terre ? & maintenant ils fuyent devant leursennemis ; ils sont le jouët des nations, qui les foulent aux piedsVoilà ce que les Dieux ont fait : voilà ce que méritent les peuplesinjustes, superbes & inhumains. De plus, considérez que si vousentreprenéz de partager entre vous cette conquête, vous réunissezcontre vous tous les peuples voisins. Votre ligue formée pour dé-fendre la liberté commune de l'Hespérie, contre l'usurpateur Adras-te, deviendra odieuse ; & c'est vous-mêmes que tous les peuplesaccuseront avec raison de vouloir usurper la tyrannie universelle.Mais je suppose que vous soyez victorieux, & des Dauniens & detous les autres peuples, cette victoire vous détruira; voici com-ment.Considérez que cette entreprise vous désunira tous : comme el-le n'est point fondée sur la justice, vous n'aurez point de régle pourborner entre vous les prétentions de chacun ; chacun voudra que sapart de la conquête $oit proportionnée à $a puissance, nul d'entrevous n'aura a$$ez d'autorité parmi les autres pour faire ce partagepaisiblement. Voilà la source d'une guerre, dont vos petits enfansne verront pas la fin. Ne vaut-il pas mieux être juste & moderéque de $uivre $on ambition avec tant de péril & au travers de tantde malheurs inévitables ? La paix profonde, les plaisirs doux &innocens qui l'accompagnent, l'heureu$e abondance, l'amitié deses voisins, la gloire qui est inséparable de la justice, l'autoritéqu'on acquiert en se rendant par la bonne foi l'arbitre de tous lespeuples étrangers, ne $ont-ce pas des biens plus$irables que lafolle vanité d'une conquête injuste ? O Princes ! ô Rois ! Vousvoyez