Druckschrift 
Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
Seite
359
Einzelbild herunterladen
 

DE TELEMAQUE. Liv. XXI. 359maître des hommes pour l'amour de $oi-même, n'y regardant quesa propre autorité, ses plaisirs & sa gloire ; on est impie, on esttyran, on est le fléau du genre humain. Quand au contraire onne veut gouverner les hommes que selon les vraies régles pour leurpropre bien ; on est moins leur maître que leur tuteur ; on n'en aque de la peine qui est infinie, & on est bien éloigné de vouloir é-tendre plus loin son autorité. Le Berger qui ne mange point letroupeau, qui le défend des loups en exposant sa vie, qui veillenuit & jour pour le conduire dans les bons pâturages, n'a pointd'envie d'augmenter le nombre de ses moutons, & d'enlever ceuxdu voisin ; ce seroit augmenter sa peine. Quoique je n'aye jamaisgouverné, ajoutoit Telémaque, j'ai appris par les Loix, & parles hommes sages qui les ont faites, combien il est pénible de con-duire les Villes & les Royaumes. Je suis donc content de ma pau-vre Ichaque ; quoi qu'elle soit petite & pauvre, j'aurai assez degloire, pourvu que j'y regne avec justice, piété, et courage; en-core même n'y regnerai-je que trop tôt. Plaise aux Dieux, quemon pére échapé a la fureur des vagues, y puisse regner jusqu'à laplus extrême vieillesse, & que je puisse apprendre long-tems souslui comment il faut vaincre ses passions pour savoir modérer cellesde tout un peuple !Ensuite Telémaque dit : Ecoutez, ô Princes assemblez ici, ceque je croi vous devoir dire pour votre intérêt. Si vous donnezaux Dauniens un Roi juste, il les conduira avec justice, il leurapprendra combien il est utile de conserver la bonne foi & de n'usurper jamais le bien de ses voisins. C'est ce qu'ils n'ont jamais pucomprendre sous l'impie Adra$te. Tandis qu'ils $eront conduits parun Roi sage & modéré, vous n'aurez rien a craindre. Ils vous de-vront ce bon Roi que vous leur aurez donné : ils vous devront lapaix & la prospérite dont ils jouiront. Ces peuples, loin de vousattaquer, vous béniront sans cesse, & le Roi & le peuple serontl'ouvrage de vos mains. Si au contraire, vous voulez partager leurpays entre vous, voici les malheurs que je vous prédis. Ce peu-ple poussé au désespoir recommencera la guerre; il combattra juste-ment