DE TELEMAQUE. Liv. XX. 341les toucher. Adra$te qui vit que la réputation des alliez augmen-toit tous les jours, crut qu'il étoit pressé de faire contre eux quel-que action éclatante : comme il n'en pouvoit faire aucune de ver-tu, il voulut du moins tâcher de remporter quelque grand avan-tage $ur eux par les armes, & il $e hâta de combattre.Le jour du combat étant venu, à peine l'Aurore ouvroit auSoleil les portes de l'Orient dans un chemin semé de roses, que lejeune Télemaque prévenant par ses soins la vigilance des plus vieuxCapitaines, s'arracha d'entre les bras du doux sommeil, & mit enmouvement tous les Officiers. Son casque couvert de crins flotans bril-loit déja sur sa tête, & sa cuirasse sur son dos éblouïssoit les yeuxde toute l'armée. L'ouvrage de Vulcain avoit outre sa beauté natu-relle l'éclat de l'Egide, qui y étoit cachée. Il tenoit sa lance d'unemain, de l'autre il montroit les divers postes qu'il faloit occuper.Minerve avoit mis dans ses yeux un feu divin, & sur son visageune majesté fiére qui promettoit déja la victoire. Il marchoit, &tous les Rois oubliant leur age & leur dignité, se sentoient entraî-nez par une force supérieure qui leur faisoit suivre ses pas. La foi-ble jalousie ne peut plus entrer dans les cœurs. Tout céde à celuique Minerve conduit invisiblement par la main; son action n'avoitplus rien d'impétueux ni de précipité : il étoit doux, tranquile,patient, toujours prêt à écouter les autres, & à profiter de leursconseils ; mais actif, prévoyant, attentif aux besoins les plus éloi-gnez, arrangeant toutes les choses à propos, ne s'embarrassant derien, & n'embarrassant point les autres; excusant les fautes, repa-rant les mécomptes, prévenant les difficultez, ne demandant ja-mais rien de trop à personne, inspirant par tout la liberté & laconfiance. Donnoit-il un ordre? c'étoit dans les termes les plussimples & les plus clairs; il le répétoit pour mieux instruire celuiqui devoit l'exécuter. Il voyoit dans ses yeux s'il l'avoit bien com-pris. Il lui faisoit ensuite expliquer familiérement comment il avoitcompris ses paroles, & le principal but de son entreprise. Quandil avoit ainsi éprouvé le bon sens de celui qu'il envoyoit, et qu'ill'avoit fait entrer dans ses vues, il ne le faisoit partir qu'après luiavoirV v 3
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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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341
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