Druckschrift 
Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
Seite
338
Einzelbild herunterladen
 

38 LES AVANTURESpeine avec amitié ce malheureux, qui avoit vu Ulysse en Sicile,& qui lui racontoit les avantures de ce Héros. Il le nourrissoit& tachoit de le consoler dans son malheur ; car Acante se plaignoitd'avoir été trompé & traité indignement par Adraste : mais c'étoitnourrir & réchauffer dans son sein une vipére vénimeuse toute prê-te à faire une blessure mortelle. On surprit un autre transfugenommé Arion, qu'Acante envoyoit vers Adraste pour lui appren-dre l'état du camp des alliez, & pour lui a$$urer qu'il empoi$onne-roit le lendemain les principaux Rois avec Télémaque dans un fe$-tin que celui-ci lui devoit donner. Arion pris avoua sa trahison :on soupçonna qu'il étoit d'intelligence avec Acante, parce qu'ilsétoient bons amis : mais Acante profondément dissimulé & intré-pide, se défendoit avec tant d'art, qu'on ne pouvoit le convain-cre, ni découvrir le fond de la conjuration.Plusieurs des Rois furent d'avis qu'il faloit dans le doute sacri-fier Acante à la sureté publique. Il faut, disoient-ils, le faire mou-rir ; la vie d'un seul homme n'est rien quand il s'agit d'assurer cel-le de tant de Rois. Qu'importe qu'un innocent périsse, quand ils'agit de conserver ceux qui représentent les Dieux au milieu deshommes?Quelle maxime inhumaine ! quelle politique barbare, réponditTélémaque. Quoi ! Vous êtes si prodigues du sang humain ! Ovous qui êtes établis les Pasteurs des hommes, & qui ne comman-dez sur eux que pour les conserver, comme un Pasteur conserveson troupeau : vous êtes donc les loups cruels, & non pas les Pas-teurs ; du moins vous n'êtes Pasteurs que pour tondre & pour é-gorger le troupeau, au lieu de le conduire dans les pâturages. Se-lon vous on est coupable dès qu'on est accusé ; un soupçon méritela mort : les innocens sont à la merci des envieux & des calom-niateurs ; & à mesure que la défiance tyrannique croîtra dans voscœurs, il faudra au$$i égorger plus de victimes.Télémaque disoit ces paroles avec une autorité & une véhémen-ce qui entraînoit les cœurs, & qui couvroit de honte les auteursd'un si lâche conseil. Ensuite se radoucissant, il leur dit : Pourmoi