36 LES AVANTUREStrompeuse attaque par le dedans toute votre ligue & va la ruïnervotre parjure va faire triompher Adraste.A ces paroles toute l'assemblée émuë lui demanda, commentil osoit dire qu'une action qui donneroit une victoire certaine à la li-gue, pouvoit la ruïner. Comment, leur répondit-il, pourrez-vous vous confier les uns aux autres, si une fois vous rompez l'u-nique lien de la société & de la confiance, qui est la bonne foi ?Après que vous aurez posé pour maxime qu'on peut violer les ré-gles de la probité & de la fidélité pour un grand intérêt, qui d'en-tre vous pourra se fier à un autre, quand cet autre pourra trouverun grand avantage à lui manquer de parole & à le tromper ? Oùen serez-vous ? Quel est celui d'entre vous qui ne voudra point pré-venir les artifices de son voisin par les siens ? Que devient une li-gue de tant de peuples, lorsqu'ils sont convenus entre eux par unedélibération commune, qu'il est permis de surprendre son voisin& de violer la foi donnée ? Quelle sera votre défiance mutuelle :votre division, votre ardeur à vous détruire les uns les autres ? Adraste n'aura plus besoin de vous attaquer, vous vous déchirerezassez vous-mêmes, vous justifierez ses perfidies. O Rois sages &magnanimes ! ô vous qui commandez avec tant d'expérience surdes peuples innombrables ! ne dédaignez pas d'écouter les conseilsd'un jeune homme. Si vous tombiez dans les plus affreuses extré-mitez où la guerre précipite quelquefois les hommes, il faudroitvous préserver par votre vigilance & par les efforts de votre vertu ;car le vrai courage ne se laisse jamais abattre. Mais si vous aviezune fois rompu la barriére de l'honneur & de la bonne foi, cetteperte est irréparable, vous ne pourriez plus rétablir ni la confiancenécessaire au succès de toutes les affaires importantes, ni ramenerles hommes aux principes de la vertu, apres que vous leur auriezappris à les mépriser. Que craignez-vous ? N'avez-vous pas assezde courage pour vaincre sans tromper ? Votre vertu jointe aux for-ces de tant de peuples, ne vous suffit-elle pas ? Combattons, mou-rons, s'il le faut, plutôt que de vaincre si indignement. Adrastel’im-
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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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