330 LES AVANTUREStéré par un gouvernement injuste les meilleures Loix du pays. Ain-si ses grandes conquêtes ne servirent qu'à troubler son Royaume.Mais ce qui le rendit plus inexcusable, c'est qu'il fut enyvré de sapropre gloire. Il fit atteler à un char les plus superbes d'entre lesRois qu'il avoit vaincus. Dans la suite il reconnut sa faute, & euthonte d'avoir été si inhumain. Tel fut le fruit de ses victoires. Voi-là ce que les Conquérans font contre leurs Etats, & contre eux-mêmes, en voulant usurper ceux de leurs voisins. Voilà ce qui fitdéchoir un Roi, d'ailleurs si juste & si bienfaisant; & c'est ce quidiminuë la gloire que les Dieux lui avoient préparée.Ne vois-tu pas cet autre, ô mon fils, dont la blessure paroît siéclatante ? C'est un Roi de Carie nommé Dioclides, qui se dévouapour son peuple dans une bataille ; parce que l'Oracle avoit dit quedans la guerre des Cariens & des Lyciens, la Nation dont le Roipériroit, ſeroit victorieuſeConsidére cet autre ; c'est un sage Législateur, qui ayant donnéà sa Nation des Loix propres à les rendre bons & heureux, leurfit jurer qu'ils ne violeroient jamais aucune de ses Loix pendant sonabsence : après quoi il partit, s'exila lui-même de sa patrie, &mourut pauvre dans une terre étrangére ; pour obliger son peuplepar ce $erment à garder à jamais des Loix $i utiles.Cet autre que tu vois, est Eunésyme Roi des Pyliens, & undes ancêtres du sage Nestor. Dans une peste qui ravageoit la terre& qui couvroit de nouvelles ombres les bords de l'Acheron, il de-manda aux Dieux d'appaiser leur colére, en payant par sa mortpour tant de milliers d'hommes innocens. Les Dieux l'éxaucérent,& lui firent trouver ici la vraye Royauté, dont toutes celles de laterre ne $ont que de vaines ombres.Ce Vieillard que tu vois couronné de fleurs, est le fameux Bé-lus : il régna en Egypte, & il épousa Anchinoé fille du Dieu Ni-lus, qui cache la source de ses eaux, & qui enrichit les terres qu'ilarrose par ses inondations. Il eut deux fils ; Danaüs, dont tu saisl'histoire, & Egyptus qui donne son nom à ce beau Royaume. Bé-lus se croyoit plus riche par l'abondance où il mettoit son peuple,
Druckschrift
Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
Entstehung
Seite
330
Einzelbild herunterladen
verfügbare Breiten