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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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324 LES AVANTURESte : il croyoit même se ressouvenir confusément d'avoir vu en U-lysse son pére des traits de cette même ressemblance, lorsqu'Ulyssepartit pour le siége de Troye.Ce ressouvenir attendrit son cœur ; des larmes douces & mêléesde joie coulérent de ses yeux ; il voulut embrasser une personne sichére ; plusieurs fois il l'essaya inutilement. Cette ombre vaine é-chapa à ses embrassemens, comme un songe trompeur se dérobe àl'homme qui croit en jouïr. tantôt la bouche altérée de cet hom-me dormant poursuit une eau fugitive; tantôt ses lévres s'agitentpour former des paroles que sa langue engourdie ne peut profererses mains s'étendent avec effort & ne prennent rien. Ainsi Télé-maque ne peut contenter sa tendresse; il voit Arcésius, il l'entend,il lui parle, il ne peut le toucher. Enfin il lui demande qui sontces hommes qu'il voit autour de lui.Tu vois, mon fils, lui répondit le sage vieillard, ces hommesqui ont été l'ornement de leur siécle, la gloire & le bonheur dugenre humain. Tu vois le petit nombre des Rois qui ont été di-gnes de l'être, & qui ont fait avec fidélité la fonction des Dieuxsur la terre. Ces autres que tu vois assez près d'eux, mais sépa-rez par ce petit nuage, ont une gloire beaucoup moindre : ce sontdes Héros a la vérité ; mais la récompense de leur valeur & de leursexpéditions militaires, ne peut être comparée avec celle des Rois$ages, ju$tes & bienfai$ans.Parmi ces Héros, tu vois Thésée qui a le visage un peu tristeil a ressenti le malheur d'être trop crédule pour une femme artifici-cieuse, & il est encore affligé d'avoir si injustement demandé àNeptune la mort cruelle de son fils Hippolyte. Heureux s'il n'eûtpoint été si prompt & si facile à irriter! Tu vois aussi Achille ap-puyé sur sa lance, à cause de cette blessure qu'il reçut au talon dela main du lâche Pâris, & qui finit sa vie. S'il eût été aussi sage.juste & modéré, qu'il étoit intrépide, les Dieux lui auroient ac-cordé un long régne ; mais ils ont eu pitié des Phtiotes & des Do-lopes, sur lesquels il devoit naturellement régner après Pélée : ilsn'ont pas voulu livrer tant de peuples à la merci d'un homme fou-gueux,