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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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294 LES AVANTURESde fumée monte jusqu'au Ciel. Les Lacédémoniens s'avancent d'unpas lent & lugubre, tenant leurs piques renversées & leurs yeuxbaissez : la douleur amére est peinte sur ces visages farouches, &les larmes coulent abondamment; puis on voyoit venir Phérécy-de, vieillard moins abattu par le nombre des années, que par ladouleur de survivre à Hippias qu'il avoit élevé depuis son enfanceIl levoit vers le Ciel ses mains, & ses yeux noyez de larmes. Depuis la mort d'Hippias il refusoit toute nourriture, le doux som-meil n'avoit pu appesantir ses paupiéres, ni suspendre un momentsa cuisante peine : il marchoit d'un pas tremblant, suivant la fou-le, et ne sachant il alloit. Nulle parole ne sortoit de sa bou-che, car son cœur étoit trop serré : c'étoit un silence de désespoir& d'abattement. Mais quand il vit le bûcher allumé, il paruttout-à-coup furieux, & il s'écria: O Hippias, Hippias! Je nete verrai plus; Hippias n'est plus, & je vis encore! O mon cherHippias ! C'est moi cruel, moi impitoyable qui t'ai appris à mé-priser la mort ; je croyois que tes mains fermeroient mes yeux,& que tu recueillerois mon dernier soupir. O Dieux cruels ! vousprolongez ma vie pour me faire voir celle d'Hippias ! O cherenfant que j'ai nourri, & qui m'a coûté tant de soin, je ne teverrai plus, mais je verrai ta mère qui mourra de tristesse en mereprochant ta mort; je verrai ta jeune épouse frappant sa poitri-ne, arrachant ses cheveux, & j'en serai cause. O chére ombre!appelle-moi sur les rives du Styx, la lumiére m'est odieuse ; c'esttoi seul, mon cher Hippias, que je veux revoir. Hippias ! Hip-pias ! ô mon cher Hippias ! je ne vis encore que pour rendre àtes cendres le dernier devoir.Cependant on voyoit le corps du jeune Hippias étendu qu'onportoit dans un cercueil orné de pourpre, d'or & d'argent : lamort qui avoit éteint ses yeux, n'avoit pu effacer toute sa beauté,& les graces étoient encore à demi-peintes sur son visage pâle ; onvoyoit floter autour de son cou plus blanc que la neige, maispanché sur l'épaule, ses longs cheveux noirs plus beaux que ceuxd'Atis ou de Ganyméde, qui alloient être réduits en cendre; on