DE TELEMAQUE. Liv. XVII. 291belles que les prémiéres. Pour Nozophuge, il n'avoit jamais vules enfans d'Esculape ; mais il avoit eu par le moyen de Mérione,un livre sacré & mystérieux qu'Esculape avoit donné à ses enfans.D'ailleurs Nozophuge étoit ami des Dieux; il avoit composé desHymnes en l'honneur des enfans de Latone; il offroit tous lesjours le sacrifice d'une brebis blanche & sans tache à Apollon, parlequel il étoit souvent inspiré. A peine avoit-il vu un malade,qu'il connoissoit à ses yeux, à la couleur de son teint, à la conformité de son corps, & à sa respiration, la cause de sa maladie.Tantôt il donnoit des remédes qui faisoient suer, & il montroitpar le succes des sueurs, combien la transpiration facilitée ou dimi-nuée, déconcerte ou rétablit toute la machine du corps : tantôt ildonnoit pour les maux de langueur, certains breuvages qui for-tifioient peu à peu les parties nobles, & qui rajeunissoient leshommes en adoucissant leur sang. Mais il assuroit que c'étoit fau-te de vertu & de courage, que les hommes avoient si souvent be-soin de la Médecine. C'est une honte, disoit-il, pour les hom-mes, qu'ils ayent tant de maladies ; car les bonnes mœurs pro-duisent la santé : leur intempérance, disoit-il encore, change enpoisons mortels les alimens destinez à conserver la vie. Les plaisirspris sans modération, abrégent plus les jours des hommes, queles remédes ne peuvent les prolonger. Les pauvres sont moins sou-vent malades faute de nourriture, que les riches ne le deviennentpour en prendre trop. Les alimens qui flatent trop le goût & quifont manger au-delà du besoin, empoisonnent au lieu de nourrir.Les remédes sont eux-mêmes de véritables maux qui ruïnent la natu-re, & dont il ne faut se servir que dans les pressans besoins. Legrand reméde qui est toujours innocent, & toujours d'un usageutile, c'est la sobriété, c'est la tempérance dans tous les plaisirs,c'est la tranquilité de l'esprit, c'est l'exercice du corps. Par là onfait un sang doux & tempéré, on dissipe toutes les humeurs su-perfluës. Ainsi le sage Nozophuge étoit moins admirable par sesremédes, que par le régime qu'il conseilloit pour prévenir lesmaux, & pour rendre les remédes inutiles.Oo 2Ces
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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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