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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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DE TELEMAQUE. Liv. XVII. 289camp à demi brûlé, & un marais qui s'étendoit jusqu'à la riviéreil le fit avec tant d'industrie & de promptitude, que cette retraitemontra combien il avoit de ressources & de présence d'esprit. Lesalliez animez par Télémaque, vouloient le poursuivre, mais à lafaveur de cet orage il leur échapa, comme un oiseau d'une aile lé-gère échape aux filets des chasseurs. Les alliez ne songérent plus qu'àrentrer dans leur camp, & à reparer leur perte. En y rentrant,ils virent ce que la guerre a de plus lamentable; les malades &les blessez manquant de forces pour se traîner hors des tentes, n'a-voient pu se garantir du feu : ils paroissoient à demi brûlez, poussans vers le Ciel d'une voix plaintive & mourante, des cris dou-loureux. Le cœur de Télémaque en fut percé, il ne put retenirses larmes ; il détourna plusieurs fois ses yeux, étant saisi d'hor-reur & de compassion : il ne pouvoit voir sans frémir ces corpsencore vivans & dévouez à une longue & cruelle mort : ils parois-soient semblables à la chair des victimes qu'on a brûlées sur les au-tels, & dont l'odeur se répand de tous cotezHélas ! s'écrioit Télémaque, voilà donc les maux que la guer-re entraîne après elle ! Quelle fureur aveugle pousse les malheureuxmortels ? ils ont si peu de jours à vivre sur la terre, ces jours sontsi misérables ! pourquoi précipiter une mort déja si prochaine ?pourquoi ajouter tant de désolations affreuses à l'amertume dont lesDieux ont rempli cette vie si courte ? Les hommes sont tous fréres, & ils s'entredéchirent, les bêtes farouches sont moins cruel-les qu'eux. Les lions ne font point la guerre aux lions, ni lestygres aux tygres ; ils n'attaquent que les animaux d'espéce diffé-rente. L'homme seul, malgré sa raison, fait ce que les animauxsans raison ne firent jamais. Mais encore pourquoi ces guerres ?N'y a-t-il pas assez de terre dans l'Univers pour en donner à tousles hommes plus qu'ils n'en peuvent cultiver ? Combien y a-t-il deterres désertes ? Le genre humain ne sauroit les remplir. Quoidonc ! une fausse gloire, un vain titre de Conquérant, qu'un Prin-ce veut acquérir, allume la guerre dans des pays immenses ! Ainsiun seul homme donné au monde par la colére des Dieux, en sa-crifieO o