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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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276 LES AVANTURES,cacher aux amans de Pénélope. Il savoit taire un secret sans direaucun mensonge. Il n'avoit point même certain air réservé & mys-térieux qu'ont d'ordinaire les gens secrets. Il ne paroissoit pointchargé du secret qu'il devoit garder : on le trouvoit toujours libre,naturel, ouvert, comme un homme qui a son cœur sur ses lévres.Mais en disant tout ce que l'on pouvoit dire sans conséquence, ilsavoit s'arrêter précisément & sans affectation aux choses qui pourvoient donner quelque soupçon, & entamer son secret. Par soncœur étoit impénétrable & inaccessible; ses meilleurs amis mêmene savoient que ce qu'il croyoit utile de leur découvrir pour en ti-rer de sages conseils, & il n'y avoit que le seul Mentor pour le-quel il n'avoit aucune réserve. Il se confioit à d'autres amis, maisa divers degrez, & à proportion de ce qu'il avoit éprouvé leur a-mitié & leur sagesse.Télémaque avoit souvent remarqué que les résolutions du Con-seil se répandoient un peu trop dans le camp. Il en avoit avertiNestor & Philoctéte: mais ces deux hommes si expérimentez ne fi-rent pas assez d'attention à un avis si salutaire. La vieillesse n'a plusrien de souple, la longue habitude la tient comme enchaînée ; elle n'a plus de ressource contre ses défauts. Semblables aux arbresdont le tronc rude & nouëux s'est durci par le nombre des années,& ne peut plus se redresser, les hommes à un certain âge ne peu-vent presque plus se plier eux-mêmes contre certaines habitudes quiont vieilli avec eux, & qui sont entrées jusques dans la moëllede leurs os. Souvent ils les connoissent, mais trop tard ; ils gé-missent en vain, & la tendre jeunesse est le seul âge l'hommepeut encore tout $ur lui-même pour $e corriger.Il y avoit dans l'armée un Dolope nommé Eurimaque, flateurinsinuant, sachant s'accommoder à tous les goûts, & à toutes lesinclinations des Princes ; inventif & industrieux pour trouver denouveaux moyens de leur plaire. A l'entendre rien n'étoit jamaisdifficile. Lui demandoit-on son avis ? il devinoit celui qui seroit leplus agréable. Il étoit plaisant, raillour contre les foibles, com-plaisant pour ceux qu'il craignoit, habile pour assaisonner unelouan-