262 LES AVANTURESlassitude. Ensuite il me dit ces paroles: O Philoctéte! qu'avez-vous fait de votre raison & de votre courage ? Voici le moment des'en servir. Si vous refusez de nous suivre pour remplir les grandsdesseins de Jupiter sur vous, adieu; vous êtes indigne d'être le li-berateur de la Gréce, & le destructeur de Troye. Demeurez àLemnos; ces armes que j'emporte, me donneront une gloire quivous étoit destinée. Néoptoléme, partons ; il est inutile de luiparler; la compassion pour un seul homme ne doit pas nous faireabandonner le ſalut de la Gréce entiéreAlors je me sentis comme une lionne à qui on vient d'arracherses petits, elle remplit les forêts de ses rugissemens. O cavernedisois-je, jamais je ne te quitterai, tu seras mon tombeau! O séjour de ma douleur ! plus de nourriture, plus d'espérance ! Quime donnera un glaive pour me percer? O si les oiseaux de proyepouvoient m'enlever ! Je ne les percerai plus de mes flèches. O arcprécieux ! arc consacre par les mains du fils de Jupiter ! O cherHercule, s'il te reste encore quelque sentiment, n'es-tu pas indi-gné ? Cet arc n'est plus dans les mains de ton fidéle ami, il estdans les mains impures & trompeuses d'Ulysse. Oiseaux de proyeBêtes farouches ! ne fuyez plus cette caverne, mes mains n'ontplus de fléches. Misérable! je ne puis vous nuire, venez me dé-vorer, ou plutôt que la foudre de l'impitoyable Jupiter m'écraseVotre pere ayant tenté tous les autres moyens pour me persua-der, jugea enfin que le meilleur étoit de me rendre mes armes ; ilfit signe à Neoptoléme qui me les rendit aussitôt. Alors je lui dis :Digne fils d'Achille, tu montres que tu l'es : mais laisse-moi per-cer mon ennemi. J'allois tirer une fléche contre votre pére : maisNéoptoléme m'arreta, en me disant: La colére vous trouble, &vous empêche de voir l'indigne action que vous voulez faire.Pour Ulysse, il paroissoit aussi tranquile contre mes flèches quecontre mes injures. Je me sentis touché de cette intrépidité & decette patience. J'eus honte d'avoir voulu dans ce premier transportme servir de mes armes pour tuer celui qui me les avoit fait ren-dre : mais comme mon ressentiment n'étoit pas encore appaisé, j'é-tois
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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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