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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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218 LES AVANTURESmandoit rien, parce qu'il avoit la fierté de ne vouloir rien tenir demoi, & d'aspirer à la réputation d'un homme qui est au-dessus detous les honneurs : il ajoûta que ce jeune homme qui me parloitsi librement sur mes défauts, en parloit aux autres avec la mêmeliberté ; qu'il faisoit assez entendre qu'il ne m'estimoit guéres ; &qu'en rabaissant ainsi ma réputation, il vouloit par l'éclat d'une ver-tu austére s'ouvrir le chemin à la Royauté.D'abord je ne pus croire que Philoclès voulût me détroner. Ily a dans la véritable vertu une candeur & une ingénuité que rienne peut contrefaire, & à laquelle on ne se méprend point, pour-vu qu'on y soit attentif. Mais la fermeté de Philoclès contre mesfoiblesses commençoit à me lasser. Les complaisances de Protésilas& son industrie inépuisible pour m'inventer de nouveaux plaisirs,me faisoient sentir encore plus impatiemment l'austérité de l'autre.Cependant Protésilas ne pouvant souffrir que je ne crusse pastout ce qu'il me disoit contre son ennemi, prit le parti de ne m'enplus parler, & de me persuader par quelque chose de plus fort quetoutes ses paroles. Voici comment il acheva de me tromper : ilme conseilla d'envoyer Philocles commander les vaisseaux qui de-voient attaquer ceux de Carpathie ; & pour m'y déterminer, il medit : Vous savez que je ne suis pas suspect dans les louanges queje lui donne : j'avouë qu'il a du courage & du génie pour la guer-re; il vous servira mieux qu'un autre, & je préfere l'intérêt de vo-tre service à tous mes reſſentimens contre lui.Je fus ravi de trouver cette droiture & cette équité dans le cœurde Protésilas, à qui j'avois confié l'administration de mes plus gran-des affaires. Je l'embrassai dans un transport de joie, & je mecrus trop heureux d'avoir donné toute ma confiance à un hommequi me paroissoit ainsi au-dessus de toute passion & de tout inté-ret. Mais hélas ! que les Princes sont dignes de compassion ! Cethomme me connoissoit mieux que je ne me connoissois moi-même :il savoit que les Rois sont d'ordinaire défians & inappliquez; dé-fians, par l'expérience continuelle qu'ils ont de l'artifice des hom-mes corrompus, dont ils sont environnez; inappliquez, parce que