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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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198 LES AVANTURESon y joint un peu d'esprit pour bien parler, couvre tous les défautsnaturels, relève des talens éblouïssans, & fait paroître un hommedigne de toutes les places dont il est éloigné. Mais c'est l'autoritéqui met tous les talens à une rude épreuve, & qui découvre degrands défauts. La grandeur est comme certains verres qui grossis-sent tous les objets; tous les défauts paroissent croître dans ces hau-tes places, les moindres choses ont de grandes conséquences& les plus légères fautes ont de violens contre-coups. Le mondeentier est occupe à observer un seul homme à toute heure, et à lejuger en toute rigueur. Ceux qui le jugent n'ont aucune expérien-ce de l'état il est. Ils n'en sentent point les difficultez, et ilsne veulent plus qu'il soit homme, tant ils éxigent de perfection delui. Un Roi quelque bon & sage qu'il soit, est encore homme ;son esprit a des bornes, & sa vertu en a aussi : il a de l'humeurdes passions, des habitudes, dont il n'est pas tout à fait le maîtreIl est obsédé par des gens intéressez & artificieux; il ne trouve pointles secours qu'il cherche : il tombe chaque jour dans quelque mé-compte, tantôt par ses passions, & tantôt par celles de ses Ministres. A peine a-t-il reparé une faute, qu'il retombe dans une autreTelle est la condition des Rois les plus eclairez & les plus vertueux.Les plus longs & les meilleurs régnes sont trop Courts &trop imparfaits pour reparer à la fin ce qu'on a gâté sans le vouloirdans les commencemens. La Royauté porte avec elle toutes ces mi-séres. L'impuissance humaine succombe sous un fardeau si accablant :il faut plaindre les Rois & les excuser. Ne sont-ils pas à plaindred'avoir à gouverner tant d'hommes, dont les besoins sont infinis,qui donnent tant de peines à ceux qui veulent les bien gouvernerPour parler franchement, les hommes sont fort à plaindre d'avoir àêtre gouvernéz par un Roi qui n'est qu'un homme semblable à eux ;car il faudroit des Dieux pour redresser les hommes. Mais les Rois nesont pas moins à plaindre n'étant qu'hommes, c'est-à-dire foibles &imparfaits, d'avoir à gouverner cette multitude innombrable d'hom-mes corrompus & trompeurs.Télémaque répondit avec vivacité : Idoménée a perdu par sa fau-