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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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194 LES AVANTURESflateurs dont on ne craint point la trahison. Je suis moi-mêmetombé dans cette faute, & je vous raconterai tous les malheurs quime sont venus par un faux ami qui flatoit mes passions dans l'es-pérance que je flaterois à mon tour les $iennes.Mentor fit aisément entendre aux Rois alliez qu'Idoménée de-voit se charger des affaires de Télémaque pendant que celui-ci iroitavec eux. Ils se contentèrent d'avoir dans leur armée le jeune filsd'Ulysse avec cent jeunes Crétois qu'Idoménée lui donna pour l'ac-compagner; c'étoit la fleur de la jeune noblesse que le Roi avoitemmenée de Créte ; Mentor lui avoit conseillé de les envoyer danscette guerre. Il faut, disoit-il, avoir soin pendant la paix de mul-tiplier le peuple ; mais de peur que toute la Nation ne s'amolisse& ne tombe dans l'ignorance de la guerre, il faut envoyer dansles guerres étrangéres la jeune noblesse. Ceux- suffisent pour entretenir toute la Nation dans une émulation de gloire, dans l'amourdes armes, dans le mépris des fatigues & de la mort même, enfin dans l'expérience de l'Art militaire.Les Rois Alliez partirent de Salente contens d'Idoménée, &charmez de la sagesse de Mentor. Ils étoient pleins de joie de cequ'ils emmenoient avec eux Télémaque. Celui-ci ne put modérersa douleur quand il falut se séparer de son ami. Pendant que lesRois alliez faisoient leurs adieux & juroient à ldoménée qu'ils gar-deroient avec lui une éternelle alliance, Mentor tenoit Téléma-que serre entre ses bras, il se sentoit arrose de ses larmes. Je suisinsensible, disoit Télémaque, à la joie d'aller acquérir de la gloi-re ; je ne suis touché que de la douleur de notre separation. Il mesemble que je vois encore ce tems infortuné les Egyptiens m'ar-rachérent d'entre vos bras & m'éloignérent de vous, sans me laisseraucune espérance de vous revoir.Mentor répondit à ces paroles avec douceur, pour le consolerVoici, lui disoit-il, une séparation bien différente ; elle est volon-taire, elle sera courte, vous allez chercher la Victoire. Il fautmon fils, que vous m'aimiez d'un amour moins tendre & plus cou-rageux; accoutumez-vous à mon absence, vous ne m'aurez pas tou-jours: