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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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DE TELEMAQUE. LIV. XII. 191A ces mots Idoménée déja revenu de sa prémiére promptitudeparut honteux de sa délicatesse. Vous voyez, dit-il à Mentor, ceque fait l'habitude d'être flaté; je vous dois le salut de mon nou-veau Royaume. Il n'y a aucune vérité que je ne me croye heureux d'entendre de votre bouche ; mais ayez pitié d'un Roi que laflaterie avoit empoisonné, & qui n'a pu même dans ses malheurstrouver des hommes assez généreux pour lui dire la vérité. Non,je n'ai jamais trouvé personne qui m'ait assez aimé, pour vouloirme déplaire, en me disant la vérité toute entiére.En disant ces paroles, les larmes lui vinrent aux yeux, & ilembrassa tendrement Mentor. Alors ce sage Vieillard lui dit:C'est avec douleur que je me vois contraint de vous dire des cho-ses dures ; mais puis-je vous trahir en vous cachant la vérité ? Mettez-vous en ma place; si vous avez été trompé jusqu'ici, c'est quevous avez bien voulu l'être; C'est que vous avez craint des conseil-lers trop sincéres. Avez-vous cherché les gens les plus désintéressez& les plus propres à vous contredire ? Avez-vous pris soin de choisinles hommes les moins empressez à vous plaire, les plus désintéressezdans leur conduite, & les plus capables de condamner vos passions& vos sentimens injustes ? Quand vous avez trouvé des flateurs,les avez-vous écartez ? Vous en êtes-vous défié ? Non, non, vousn'avez point fait ce que font ceux qui aiment la vérité, et quiméritent de la connoître. Voyons si vous aurez maintenant lecourage de vous laisser humilier par la vérité qui vous condamne.Je vous disois donc, que ce qui vous attire tant de louanges,ne mérite que d'être blâmé. Pendant que vous aviez au-dehorstant d'ennemis qui menaçoient votre Royaume encore mal établi,vous ne songiez au-dedans de votre nouvelle Ville qu'à y faire desouvrages magnifiques. C'est ce qui vous a couté tant de mauvai-ses nuits, comme vous me l'avez avoué vous-même. Vous avez é-puise vos richesses; vous n'avez songé ni à augmenter votre peu-ple, ni à cultiver les terres fertiles de cette côte. Ne faloit-il pasregarder ces deux choses comme les deux fondemens essentiels devotre puissance, avoir beaucoup de bons hommes, & des terresbien