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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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150 LES AVANTURESnées; c'est la même fraîcheur de visage, la même taille droite,la même vigueur; vos cheveux seulement ont un peu blanchi.Grand Roi, répondit Mentor, si j'étois flateur, je vous diroisde même, que vous avez conservé cette fleur de jeunesse qui écla-toit sur votre visage avant le siège de Troye. Mais j'aimerois mieuxvous déplaire que de blesser la vérité. D'ailleurs je vois par votresage discours que vous n'aimez pas la flaterie, & qu'on ne hazar-de rien en vous parlant avec sincérité. Vous êtes bien changé, &j'aurois eu de la peine à vous reconnoître. J'en connois clairementla cause, c'est que vous avez beaucoup souffert dans vos malheurs ;mais vous avez bien gagné en souffrant, puisque vous avez acquis lasagesse. On doit se consoler aisément des sides qui viennent sur le vi-sage, pendant que le cœur s'exerce & se fortifie dans la vertu. Aureste, sachez que les Rois s'usent toujours plus que les autres hom-mes. Dans l'adversité les peines de l'esprit & les travaux du corpsles font vieillir avant le tems. Dans la prospérité les délices d'unevie molle les usent bien plus encore que tous les travaux de la guer-re. Rien n'est si mal sain que les plaisirs l'on ne peut se mo-dérer. De vient que les Rois & en paix & en guerre ont tou-jours des peines & des plaisirs, qui font venir la vieillesse avant l'âge elle doit venir naturellement. Une vie sobre & modérée, sim-ple & exemte d'inquiétude & de passion, réglée & laborieuse, retientdans les membres d'un homme sage la vive jeunesse, qui sans cesprécautions est toujours prête à s'envoler sur les ailes du tems.Idoménée charmé du discours de Mentor l'eût écouté long-tems,si on ne fût venu l'avertir pour un sacrifice qu'il devoit faire à Ju-piter. Télémaque & Mentor le suivirent, environnez d'une grandefoule de peuple qui considéroit avec empressement & curiosité cesdeux Etrangers. Les Salentins se disoient les uns aux autres : Cesdeux hommes sont bien différens. Le jeune a je ne sai quoi de vis& d'aimable ; toutes les graces de la beauté & de la jeunesse sontrépanduës sur son visage & sur son corps : mais cette beauté n'a riende mou ni d'efféminé. Avec cette fleur si tendre de la jeunesse, ilparoît vigoureux, robuste, endurci au travail. Cet autre, quoi-que