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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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DE TELEMAQUE. Liv. IX. 149contre moi. Pendant qu'Idoménée disoit ces paroles, il regardoitfixement Mentor, comme un homme dont le visage ne lui étoitpas inconnu, mais dont il ne pouvoit retrouver le nom.Cependant Telémaque lui répondit les larmes aux yeux : O Roipardonnez-moi la douleur que je ne saurois vous cacher dans untems, où je ne devrois vous marquer que de la joie & de la recon-noissance pour vos bontez. Par le regret que vous témoignez de laperte d'Ulysse, vous m'apprenez vous-même à sentir le malheur dene point retrouver mon pére. Il y a déja long-tems que je le cherchedans toutes les mers. Les Dieux irritez ne me permettent pas dele revoir, ni de savoir s'il a fait naufrage, ni de pouvoir retournerà Ithaque où Pénélope languit dans le désir d'être délivrée de ses A-mans. J'avois cru vous trouver dans l'Isle de Créte; j'y ai su vo-tre cruelle destinée, & je ne croyois pas devoir jamais approcher del'Hespérie où vous avez fondé un nouveau Royaume. Mais la for-tune qui se jouë des hommes, & qui me tient errant dans tous lespays loin d'Ithaque, m'a enfin jette sur vos côtes. Parmi tous lesmaux qu'elle m'a fait, c'est celui que je supporte le plus volontiers.Si elle m'éloigne de ma patrie, du moins elle me fait connoître leplus généreux de tous les RoisA ces mots Idoménée embrasse tendrement Télémaque, & lemenant dans son Palais, il lui dit : Quel est donc ce prudentvieillard qui vous accompagne ? Il me semble que je l'ai vu autrefois. C'est Mentor, repliqua Télémaque, Mentor ami d'U-lysse, à qui il a confié mon enfance. Qui pourroit vous diretout ce que je lui dois?Aussitôt Idoménée s'avance, tend la main à Mentor : Nousnous sommes vus, dit-il, autrefois. Vous souvenez-vous du voya-ge que vous fîtes en Crête, & des bons conseils que vous me don-nâtes ? Mais alors l'ardeur de la jeunesse, & le goût des vains plai-sirs m'entrainoient. Il a falu que mes malheurs m'ayent instruitpour m'apprendre ce que je ne voulois pas croire. Plût aux Dieuxque je vous eusse cru, ô sage vieillard ! Mais je remarque avec é-tonnement que vous n'êtes presque point changé depuis tant d'an-nées;