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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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DE TELEMAQUE. Liv. VIII. 131plaisir. La sagesse n'a point de honte de paroître enjouée quand ille faut.En disant ces paroles, Mentor prit une lyre, & en jouâ avectant d'art, qu'Achitoas jaloux laissa tomber la sienne de dépit; sesyeux s'allumoient, son visage trouble changea de couleur : tout lemonde eut apperçu sa peine & sa honte, si la lyre de Mentor n'eutenlevé l'ame de tous les assistans. A peine osoit-on respirer, depeur de troubler le $ilence, & de perdre quelque cho$e de ce chantdivin ; on craignoit toujours qu'il ne finit trop tôt. La voix de Men-tor n'avoit aucune douceur efféminée ; mais elle étoit fléxible, for-te, & elle pa$$ionnoit ju$qu'aux moindres cho$es.Il chanta d'abord les louanges de Jupiter, Pére & Roi des Dieux& des hommes, qui d'un signe de sa tête ébranle l'Univers. Puisil représenta Minerve qui sort de sa tête, c'est-à-dire la sagesse quece Dieu forme au-dedans de lui-même, & qui sort de lui pour ins-truire les hommes dociles. Mentor chanta ces véritez d'une voix sitouchante, & avec tant de religion, que toute l'assemblée crut ê-tre transportée au plus haut de l'Olympe à la face de Jupiter, dontles regards sont plus perçans que son tonnerre. Ensuite il chanta lemalheur du jeune Narcisse, qui devenant folement amoureux desa propre beauté, qu'il regardoit sans cesse au bord d'une fontainese consuma lui-même de douleur, & fut changé en une fleur quiporte son nom. Enfin il chanta aussi la funeste mort du bel Ado-nis, qu'un sanglier déchira, & que Vénus passionnée pour lui neput ranimer en fai$ant au Ciel des plaintes améres.Tous ceux qui l'écoutérent, ne purent retenir leurs larmes, & cha-cun sentoit je ne sai quel plaisir en pleurant. Quand il eut cessé dechanter, les Phéniciens étonnez se regardoient les uns les autres. L'undisoit, c'est Orphée; c'est ainsi qu'avec une lyre il apprivoisoit les bê-tes farouches, & enlevoit les bois & les rochers; c'est ainsi qu'il en-chanta Cerbére, qu'il suspendit les tourmens d'Ixion & des Danaïdes,& qu'il toucha l'inéxorable Pluton, pour tirer des enfers la belle Eu-ridice. Un autre s'écrioit : Non, c'est Linus fils d'Apollon. Un autrerépondit : Vous vous trompez, c'est Apollon lui-même. TelémaqueR 2n´é-