126 LES AVANTURESde Pygmalion. Mais au$$itôt que ce malheureux Roi eut fait unefin digne de ses crimes, Narbal se hata d'envoyer l'anneau d'or àBaléazar. Baléazar partit aussitôt & arriva aux portes de Tyr,dans le tems que toute la ville étoit en trouble pour savoir qui suc-céderoit à Pygmalion. Il fut aisément reconnu par les principauxTyriens, & par tout le peuple. On l'aimoit, non pour l'amourdu feu Roi son pére, qui etoit haï universellement, mais à causede sa douceur & de sa modération. Ses longs malheurs mêmes luidonnoient je ne sai quel éclat, qui relevoit toutes ses bonnes quali-tez, & qui attendrissoit tous les Tyriens en sa faveur.Narbal assembla les Chefs du peuple, les Vieillards qui for-moient le Conseil, & les Prêtres de la grande Déesse de Phénicie.Ils saluérent Baléazar comme leur Roi, & le firent proclamer parles Hérauts. Le peuple répondit par mille acclamations de joie.Astarbé les entendit du fond du Palais, où elle étoit renfermée a-vec son lâche & infame Joazar. Tous les méchans, dont elle s'étoitservie pendant la vie de Pygmalion, l'avoient abandonnée ; car lesméchans craignent les méchans, s'en défient, & ne souhaitent pointde les voir en crédit. Les hommes corrompus connoissent combienleurs semblables abuseroient de l'autorité, & quelle seroit leur vio-lence. Mais pour les bons, les méchans s'en accommodent mieuxparce qu'au moins ils espérent trouver en eux de la modération, &de l'indulgence. Il ne restoit plus autour d'Astarbé que certainscomplices de ses crimes les plus affreux, & qui ne pouvoient atten-dre que le supplice.On força le Palais ; ces scélérats n'osérent pas résister long-tems& ne songérent qu'à s'enfuir. Astarbe déguisée en esclave voulutse sauver, mais un soldat la reconnut; elle fut prise, & on eutbien de la peine à empêcher qu'elle ne fut déchirée par le peuple enfureur. Déja on avoit commencé à la traîner dans la bouë ; maisNarbal la tira des mains de la populace. Alors elle demanda à parler à Baléazar, espérant de l'éblouïr par ses charmes, & de lui faireespérer qu'elle lui découvriroit des secrets importans. Baléazar neput refuser de l'écouter. D'abord elle montra avec sa beauté unedou-
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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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