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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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106 LES AVANTURESbien la jalousie troubloit le cœur de Calypso, n'en dit pas davan-tage, de peur de la mettre en défiance de lui. Il lui montroit seu-lement un visage triste & abattu. La Déesse lui découvroit ses pei-nes sur toutes les choses qu'elle voyoit, & elle faisoit sans cesse desplaintes nouvelles. Cette chasse dont Mentor l'avoit avertie, ache-va de la mettre en fureur. Elle fut que Télémaque n'avoit cherché qu'à se dérober aux autres Nymphes pour parler à Eucharis.On proposoit même déja une seconde chasse, elle prévoyoitqu'il feroit comme dans la prémiére. Pour rompre les mesures deTélémaque, elle déclara qu'elle en vouloit être. Puis tout à coupne pouvant plus modérer son ressentiment, elle lui parla ainsiEst-ce donc ainsi, ô jeune Téméraire, que tu es venu dansmon Isle pour échaper au juste naufrage que Neptune te préparoit,& à la vengeance des Dieux ? N'es-tu entré dans cette isle, quin'est ouverte à aucun Mortel, que pour mépriser ma puissance, &l'amour que je t'ai témoigné ? O Divinitez de l'Olympe & duStyx, écoutez une malheureuse Déesse ! Hâtez-vous de confondre ceperfide, cet ingrat, cet impie. Puisque tu es encore plus dur & plusinjuste que ton pére, puisses-tu souffrir des maux encore plus longs& plus cruels que les siens. Non, non, que jamais tu ne revoyesta patrie, cette pauvre & misérable Ichaque, que tu n'as point eude honte de préferer à l'immortalité ; ou plutôt que tu périsses, enla voyant de loin au milieu de la mer, & que ton corps devenu lejouët des flots, soit rejetté sans espérance de sépulture sur le sablede ce rivage. Que mes yeux le voyent mangé par les vautoursCelle que tu aimes le verra aussi : elle le verra, elle en aura lecœur déchiré, & son désespoir fera mon bonheur.En parlant ainsi, Calypso avoit les yeux rouges & enflamez; sesregards ne s'arrêtoient en aucun endroit : ils avoient je ne sai quoide sombre & de farouche. Ses jouës tremblantes étoient couvertesde taches noires & livides, elle changeoit à chaque moment decouleur. Souvent une pâleur mortelle se répandoit sur tout son vi-sage : ses larmes ne couloient plus comme autrefois avec abondancela rage & le désespoir sembloient en avoir tarila source ; et à pei-