DE TELEMAQUE. Liv. VII. 105voir plus devant ses yeux cet ami sévére qui lui reprochoit sa foi-blesse. Toutes ces pensées contraires agitoient tour à tour son cœur,& aucune n'y étoit constante, son cœur étoit comme la mer quiest le jouët de tous les vents contraires. Il demeuroit souvent éten-du & immobile sur le rivage de la mer. Souvent dans le fond dequelque bois sombre, versant des larmes améres, & poussant descris $emblables aux rugi$$emens d'un lion. Il étoit devenu maigreses yeux creux étoient pleins d'un feu dévorant. A le voir pâle,abattu, & défiguré, on auroit cru que ce n'étoit point Télémaque. Sa beauté, son enjoûment, sa noble fierté, s'enfuyoientloin de lui. Il périssoit. Tel qu'une fleur, qui étant épanouïe lematin, répand ses doux parfums dans la campagne, & se flétritpeu à peu vers le soir ; ses vives couleurs s'effacent, elle languit,elle se desseiche, et sa belle tête se panche, ne pouvant plus sesoutenir. Ainsi le fils d'Ulysse étoit aux portes de la mort.Mentor voyant que Télémaque ne pouvoit résister à la violencede sa passion, conçut un dessein plein d'adresse pour le délivrer d'unsi grand danger. Il avoit remarqué que Calypso aimoit éperdûmentTélémaque, & que Télémaque n'aimoit pas moins la jeune Nym-phe Eucharis ; car le cruel Amour pour tourmenter les mortelsfait qu'on n'aime guére la personne dont on est aimé. Mentor résolut d'exciter la jalousie de Calypso. Eucharis devoit emmener Té-lémaque dans une chasse. Mentor dit à Calypso: J'ai remarquédans Télémaque une passion pour la chasse, que je n'avois jamaisvuë en lui ; ce plaisir commence à le dégoûter de tout autre : iln'aime plus que les forêts & les montagnes les plus sauvages. Est-ce vous, ô Déesse, qui lui inspirez cette grande ardeur ?Calypso sentit un dépit cruel en écoutant ces paroles, & elle neput se retenir. Ce Télémaque, répondit-elle, qui a méprisé tousles plaisirs de l'Isle de Cypre, ne peut résister à la médiocre beautéd'une de mes Nymphes. Comment ose-t-il se vanter d'avoir fairtant d'actions merveilleuses, lui dont le cœur s'amolit lâchementpar la volupté, & qui ne semble né que pour passer une vie obs-cure au milieu des femmes ? Mentor remarquant avec plaisir com-bien
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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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