Druckschrift 
Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
Seite
82
Einzelbild herunterladen
 

82 LES AVANTURESrant enivré de sa gloire ruïne presque autant sa nation victorieuseque les autres nations vaincuës. Un Prince qui n'a point les quali-tez nécessaires pour la paix ne peut faire goûter à ses Sujets les fruitsd'une guerre heureusement finie : il est comme un homme qui dé-fendroit son champ contre son voisin, & qui usurperoit celui deson voisin même, mais qui ne sauroit ni labourer ni semer, pourrecueillir aucune moisson : un tel homme semble pour détruire,pour ravager, pour renverser le monde, & non pour rendre lepeuple heureux par un $age gouvernement.Venons maintenant au Roi pacifique. Il est vrai qu'il n'est paspropre à de grandes conquêtes ; c'est-a-dire qu'il n'est pas pourtroubler le repos de son peuple en voulant vaincre les autres nationsque la justice ne lui a pas soumises : mais s'il est véritablement proprea gouverner en paix, il a toutes les qualitez nécessaires pour mettreson peuple en sureté contre ses ennemis. Voici comment : Il estjuste, modéré, & commode à l'égard de ses voisins : il n'entre-prend jamais contre eux rien qui puisse troubler la paix : il est fidéle dans ses alliences. Ses Alliez l'aiment, ne le craignent point, &ont une entiére confiance en lui. S'il a quelque voisin inquiethautain & ambitieux, tous les autres Rois voisins qui craignent cevoisin inquiet, & qui n'ont aucune jalousie du Roi pacifique, sejoignent a ce bon Roi pour l'empêcher d'être opprimé. Sa probité,sa bonne foi, sa modération le rendent l'arbitre de tous les Etatsqui environnent le sien. Pendant que le Roi entreprenant est odieuxà tous les autres, & sans cesse exposé à leurs ligues, celui-ci a lagloire d'être comme le pére & le tuteur de tous les autres Rois.Voilà les avantages qu'il a au-dehors. Ceux dont il jouït au-dedanasont encore plus solides. Puisqu'il est propre à gouverner en paix,je suppose qu'il gouverne par les plus sages Loix. Il retranche le fas-te, la molesse & tous les Arts qui ne servent qu'à flater les vices :il fait fleurir les autres Arts qui sont utiles aux véritables besoins dela vie ; sur-tout il applique ses Sujets à l'Agriculture. Par- il lesmet dans l'abondance des choses nécessaires. Ce peuple laborieux.simple dans ses mœurs, accoutumé à vivre de peu, gagnant faci-