76 LES AVANTUREStinent la victoire à l'un de vous, il régnera en ce pays. Nous lesuivîmes sans aucun désir de vaincre, mais par la seule curiosité devoir une chose si extraordinaire.Nous arrivâmes à une espéce de Cirque très-vaste environné d'u-ne épaisse forêt : le milieu du Cirque étoit une aréne préparée pourles combatans; elle étoit bordée par un grand amphithéatre d'un ga-zon frais, sur lequel étoit assis & rangé un peuple innombrable.Quand nous arrivames, on nous reçut avec honneur; car les Cré-tois sont les peuples du monde qui exercent le plus noblement &avec le plus de religion l'hospitalité. On nous fit asseoir, & onnous invita à combatre. Mentor s'en excusa sur son age, & Hazaëlsur sa foible santé. Ma jeunesse & ma vigueur m'ôtoient toute excu-se : je jettai néanmoins un coup d'œil sur Mentor pour découvrir sapensée, & j'apperçus qu'il souhaitoit que je combatisse. J'acceptaidonc l'offre qu'on me faisoit : je me dépouillai de mes habits ; onfit couler des flots d'huile douce & lui$ante $ur tous les membres demon corps, & je me mêlai parmi les combatans. On dit de touscôtez que c'étoit le fils d'Ulysse, qui étoit venu pour tâcher de rem-porter le prix; & plusieurs Crétois qui avoient été à lthaque pen-dant mon enfance, me reconnurent.Le prémier combat fut celui de la lutte. Un Rhodien d'environtrente-cinq ans surmonta tous les autres qui osérent se présenter àlui il étoit encore dans toute la vigueur de la jeunesse; ses bras é-toient nerveux & bien nourris : au moindre mouvement qu'il faisoit, on voyoit tous ses muscles; il étoit également souple & fort.Je ne lui parus pas digne d'être vaincu; & regardant avec pitié matendre jeunesse, il voulut se retirer; mais je me présentai à lui. A-lors nous nous faisîmes l'un l'autre ; nous nous serrâmes à perdre larespiration. Nous étions épaule contre épaule, pied contre pied,tous les nerfs tendus & les bras entrelassez comme des serpens; cha-cun s'efforçant d'enlever de terre son ennemi. Tantôt il essayoit deme surprendre en me poussant du côté droit, tantôt il s'efforçoitde me pencher du côte gauche. Pendant qu'il me tâtoit ain$i, je lepoussai avec tant de violence, que ses reins pliérent : il tomba surl'a-
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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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