Druckschrift 
Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
Seite
73
Einzelbild herunterladen
 

DE TELEMAQUE. Liv. V.73demandâmes la cause de leur empressement, & voici ce qu'un Crétois nommé Nausicrate nous raconta.Idoménée fils de Deucalion, & petit-fils de Minos, dit-il, étoitallé comme les autres Rois de la Gréce au siège de Troye. Aprèsla ruïne de cette Ville, il fit voile pour revenir en Créte; mais latempête fut si violente, que le Pilote de son vaisseau & tous lesautres qui étoient expérimentez dans la navigation, crurent que leurnaufrage étoit inévitable. Chacun avoit la mort devant les yeuxchacun voyoit les abîmes ouverts pour l'engloutir : chacun déplo-roit son malheur, n'espérant pas même le triste repos des ombresqui traversent le Styr après avoir reçu la sépulture. ldoménee levant les yeux & les mains vers le Ciel invoquoit Neptune : O !puissant Dieu, s'écrioit-il, toi qui tiens l'empire des ondes, daigneecouter un malheureux ! si tu me fais revoir l'Isle de Créte malgréla fureur des vents, je t'immolerai la prémiére tête qui se présente-ra à mes yeux.Cependant son fils impatient de revoir son pére, se hâtoit d'allerau-devant de lui pour l'embrasser ; malheureux qui ne savoit pas quec'étoit courir à sa perte. Le pére échapé à la tempête arrivoit dansle port désiré : il remercioit Neptune d'avoir écoute ses voeux : maisbientôt il sentit combien ils lui devoient être funestes. Un pressen-timent de son malheur lui donnoit un cuisant repentir de son vœuindiscret ; il craignoit d'arriver parmi les siens, & il appréhendoitde revoir ce qu'il avoit de plus cher au monde. Mais la cruelleNémésis Déesse impitoyable, qui veille pour punir les hommes, &sur-tout les Rois orgueilleux, poussoit d'une main fatale & invisibleIdoménée. Il arrive ; à peine ose-t-il lever les yeux, il voit sonfils : il recule saisi d'horreur ; ses yeux cherchent, mais envain,quelqu'autre tête moins chére qui puisse lui servir de victime. Ce-pendant le fils se jette à son cou, & est tout étonné que son pérerépond si mal à sa tendresse; il le voit fondant en larmes.O mon pére, dit-il, d' vient cette tristesse ? Après une silongue absence, êtes-vous fâché de vous revoir dans votre Royau-me, & de faire la joie de votre fils ? Qu'ai-je fait ? Vous détour-nez