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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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72 LES AVANTURESlui. Il a une puissance absoluë pour faire le bien, & les mains liéesdes qu'il veut faire le mal. Les loix lui confient les peuples commele plus précieux de tous les dépôts, à condition qu'il sera le pére deses Sujets. Elles veulent qu'un seul homme serve par sa sagesse &par sa modération à la félicité de tant d'hommes; & non pas quetant d'hommes servent par leur misére & par leur servitude lâche àflater l'orgueil & la molesse d'un seul homme. Le Roi ne doit rienavoir au-dessus des autres, excepté ce qui est nécessaire ou pour lesoulager dans ses pénibles fonctions, ou pour imprimer aux peuplesle respect de celui qui doit soutenir les loix. D'ailleurs le Roi doitêtre plus sobre, plus ennemi de la molesse, plus exempt de faste &de hauteur qu'aucun autre. Il ne doit point avoir plus de richesses& de plaisirs ; mais plus de sagesse, de vertu & de gloire que le res-te des hommes. Il doit être au-dehors le défenseur de la patrie, encommandant les armées ; & au-dedans le Juge des peuples pour lesrendre bons, sages & heureux. Ce n'est point pour lui-meme queles Dieux l'ont fait Roi; il ne l'est que pour être l'homme des peu-ples : c'est aux peuples qu'il doit tout son tems, tous ses soins, tou-te son affection ; & il n'est digne de la Royauté, qu'autant qu'ils'oublie lui-même pour se sacrifier au bien public. Minos n'a vou-lu que ses enfans régnassent après lui, qu'a condition qu'ils régne-roient suivant ces maximes. Il aimoit encore plus son peuple quesa famille : c'est par une telle sagesse qu'il a rendu la Créte sipuissante & si heureuse. C'est par cette modération qu'il a effa- la gloire de tous les Conquérans qui veulent faire servir lespeuples à leur propre grandeur, c'est-a-dire à leur vanité. Enfinc'est par sa justice qu'il a mérité d'être aux enfers le souverain Jugedes morts.Pendant que Mentor faisoit ce discours, nous abordâmes dans l'Is-le. Nous vimes le fameux Labyrinthe, ouvrage des mains de l'in-génieux Dédale, & qui étoit une imitation du grand Labyrintheque nous avions vu en Egypte. Pendant que nous considérions cecurieux édifice, nous vîmes le peuple qui couvroit le rivage & quiaccouroit en foule dans un lieu assez voisin du bord de la mer : nous