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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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66 LES AVANTURESqui a formé le ciel & la terre; de cette Lumiére infinie, immua-ble, qui se donne à tous sans se partager; de cette Vérité souve-raine & universelle, qui éclaire tous les esprits, comme le Soleiléclaire tous les corps. Celui, ajoutoit-il, qui n'a jamais vu cetteLumiére pure, est aveugle comme un aveugle : il passe sa viedans une profonde nuit, comme les peuples que le Soleil n'éclairepoint pendant plusieurs mois de l'année. Il croit être sage, & ilest insensé : il croit tout voir, & il ne voit rien il meurt n'ayantjamais rien vu : tout au plus il apperçoit de sombres & fausseslueurs, de vaines ombres, des fantômes qui n'ont rien de réel. Ainsi sont tous les hommes entraînez par le plaisir des sens & par lecharme de l'imagination. Il n'y a point sur la terre de véritableshommes, excepté ceux qui consultent, qui aiment, qui suiventcette Raison éternelle. C'est elle qui nous inspire, quand nous pen-sons bien : c'est elle qui nous reprend, quand nous pensons mal.Nous ne tenons pas moins d'elle la raison que la vie; elle est com-me un grand Océan de lumiére : nos esprits sont comme de petitsruisseaux qui en sortent, & qui y retournent pour s'y perdre.Quoique je ne comprisse pas encore parfaitement la sagesse de cediscours, je ne laissois pas d'y goûter je ne sai quoi de pur & desublime : mon cœur en étoit échauffé, & la vérité me sembloit re-luire dans toutes ces paroles. Ils continuérent à parler de l'originedes Dieux, des Héros, des Poëtes, de l'âge d'or, du Déluge, despremieres Histoires du genre humain, du fleuve d'oubli se plon-gent les ames des morts, des peines éternelles préparées aux impiesdans le goufre noir du Tartare, & de cette heureuse paix dont jouis-sent les Justes dans les Champs Elisées, sans crainte de la pouvoirperdre.Pendant qu'Hazaël & Mentor parloient, nous apperçûmes desDauphins couverts d'une écaille qui paroissoit d'or & d'azur. En sejouant ils soulevoient les flots avec beaucoup d'écume. Après eux ve-noient des Tritons qui sonnoient de la trompette avec leurs conquesrecourbées. Ils environnoient le char d'Amphitrite traîné par deschevaux marins plus blancs que la neige, & qui fendant l'onde sa-lée