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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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DE TELEMAQUE. Liv. IV. 59de la vie, que de vaines promesses aux Dieux, pour leur faire dessacrifices, si on pouvoit arriver au port. Personne ne conservoit as-sez de présence d'esprit, ni pour ordonner les manœuvres, ni pourles faire. Il me parut que je devois, en sauvant ma vie, sauver cel-le des autres. Je pris le gouvernail en main, parce que le Pilotetroublé par le vin, comme une Bacchante, étoit hors d'état deconnoître le danger du vai$$eau : j'encourageai les matelots effrayezje leur fis abaisser les voiles : ils ramérent vigoureusement : nouspassâmes au travers des écueils, & nous vîmes de près toutes leshorreurs de la mort.Cette avanture parut comme un $onge à toûs ceux qui me devoient la conservation de leurs vies; ils me regardoient avec étonnement. Nous arrivâmes en l'Isle de Cypre au mois du Printemsqui est consacré à Venus. Cette saison, disoient les Cypriens,convient à cette Déesse ; car elle semble animer toute la nature, etfaire naître les plaiſirs comme les fleurs.En arrivant dans l'Isle, je sentis un air doux, qui rendoit lescorps lâches & paresseux, mais qui inspiroit une humeur enjouée& folâtre. Je remarquai que la campagne naturellement fertile &agréable étoit presque inculte, tant les habitans étoient ennemis dutravail. Je vis de tous côtez des femmes & de jeunes filles vainementparées, qui alloient en chantant les louanges de Vénus, se dévouëra son Temple : la beauté, les graces, la joie, les plaisirs éclatoientégalement sur leurs visages; mais les graces y étoient trop affectées:on n'y voyoit point une noble simplicité, & une pudeur aimable,qui fait le plus grand charme de la beauté. L'air de molesse, l'artde composer leurs visages, leur parure vaine, leur démarche lan-guissante, leurs regards qui sembloient chercher ceux des hommes,leurs jalousies entre elles pour allumer de grandes passions ; en unmot tout ce que je voyois dans ces femmes, me sembloit vil &meprisable : a force de me vouloir plaire, elles me dégoûtoient.On me condui$it au Temple de la Dée$$e : elle en a plu$ieurs danscette Isle ; car elle est particuliérement adorée à Cythére, à Idalie,& à Paphos : c'est à Cythére que je fus conduit. Le Temple esttourH 2