DE TELEMAQUE. Liv. IV. 55ler sans prudence. Elle s'étoit engagée à vous raconter des histoires,& à vous apprendre quelle a été la destinée d'Ulysse; elle a trouvémoyen de parler long-tems sans rien dire, & elle vous a engagé àlui expliquer tout ce qu'elle désire savoir ; tel est l'art des femmesflateuses & passionnées. Quand est-ce, ô Télémaque, que vousserez assez sage pour ne parler jamais par vanité, & que vous sau-rez taire tout ce qui vous est avantageux quand il n'est pas utile àdire ? Les autres admirent votre sagesse dans un âge où il est par-donnable d'en manquer : pour moi je ne puis vous rien pardonnerje suis le seul qui vous connois, & qui vous aime assez pour vousavertir de toutes vos fautes. Combien êtes-vous encore éloigné dela sagesse de votre pére :Quoi donc, répondit Télémaque, pouvois-je refuser à Calypsode lui raconter mes malheurs ? Non, reprit Mentor, il faloit leslui raconter : mais vous deviez le faire, en ne lui disant que ce quipouvoit lui donner de la compassion. Vous pouviez lui dire quevous aviez été tantôt errant, tantôt captif en Sicile, puis en Egypte. C'étoit lui dire a$$ez, & tout le re$te n'a $ervi qu'à augmenterle poison qui brûle déja son cœur. Plaise aux Dieux que le vôtrepuisse s'en préserver.Mais que ferai-je donc, continua Télémaque, d'un ton modéré & docile ? Il n'est plus tems, repartit Mentor, de lui cacher cequi reste de vos avantures; elle en fait assez pour ne pouvoir êtretrompée sur ce qu'elle ne sait pas encore; votre réserve ne serviroitqu'à l'irriter : achevez donc demain de lui raconter tout ce que lesDieux ont fait en votre faveur, & apprenez une autre fois à parlerplus $obrement de tout ce qui peut vous attirer quelque louange.Télémaque reçut avec amiue un si bon conseil, & ils se couchérent.Aussitôt que Phœbus eut répandu ses prémiers rayons sur la ter-re, Mentor entendant la voix de la Déesse qui appelloit ses Nym-phes dans le bois, éveilla Télémaque. Il est tems, lui dit-il, devaincre le sommeil: allons, retournez à Calypso, mais défiez-vous de ses douces paroles : ne lui ouvrez jamais votre cœur ; crai-gnez le poison flateur de ses louanges. Hier elle vous élevoit au-des-
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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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