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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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38 LES AVANTURESloignez de lui la pernicieuse flaterie, en$eignez-lui à $e vaincre : qu'ilsoit comme un jeune arbrisseau encore tendre, qu'on plie pour leredresser. Sur tout n'oubliez rien pour le rendre juste, bienfaisant,$incére & fidéle à garder un $ecret. Quiconque e$t capable de men-tir, est indigne d'être compté au nombre des hommes; & quiconque ne $ait pas $e taire, e$t indigne de gouverner.Je vous rapporte ces paroles, parce qu'on a eu soin de me les ré-péter souvent, & qu'elles ont penétré jusqu'au fond de mon cœur :je me les redis souvent à moi-même. Les amis de mon pére eurentsoin de m'exercer de bonne heure au secret. J'étois encore dans laplus tendre enfance, & ils me confioient déja toutes les peines qu'ilsressentoient, voyant ma mère exposée à un grand nombre de temeraires qui vouloient l'épouser. Ainsi on me traitait dès lors com-me un homme raisonnable & sur; on m'entretenoit souvent desplus grandes affaires ; on m'instruisoit de ce qu'on avoit résolu pourécarter ces prétendans. J'étois ravi qu'on eût en moi cette confian-ce ; par- je me croyois déja un homme fait. Jamais je n'en ai abusé ; jamais il ne m'est échapé une seule parole qui pût découvrirle moindre secret. Souvent les prétendans tâchoient de me faireparler, espérant qu'un enfant qui auroit vu ou entendu quelquechose d'important, ne sauroit pas se retenir : mais je savois bienleur répondre sans mentir, & sans leur apprendre ce que je ne de-vois point leur direAlors Narbal me dit : Vous voyez, Télémaque, la puissancedes Phéniciens. Ils sont redoutables à toutes les Nations voisines parleurs innombrables vaisseaux. Le commerce qu'ils font jusqu'auxColomnes d'Hercule, leur donne des richesses qui surpassent cellesdes peuples les plus florissans. Le grand Roi Sésostris, qui n'au-roit jamais pu les vaincre par mer, eut bien de la peine à les vain-cre par terre avec ses armées qui avoient conquis tout l'Orient : ilnous imposa un tribut que nous n'avons pas longtems payé. LesPhéniciens se trouvoient trop riches & trop puissans pour porter pa-tiemment le joug de la servitude; nous reprîmes notre liberté. Lamort ne laissa pas à Sésostris le tems de finir la guerre contre nous.