Druckschrift 
Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
Seite
37
Einzelbild herunterladen
 

DE TELEMAQUE. Liv. III. 37voyez un malheureux qui ne $oupire qu'après le bonheur de re-tourner parmi les siens, & de retrouver son pére.Narbal me regardoit avec étonnement, & il crut appercevoir enmoi je ne $ai quoi d'heureux qui vient des dons du Ciel, & quin'est point dans le commun des hommes : il étoit naturellement sin-cere & généreux; il fut touché de mon malheur, & me parla avecune confiance que les Dieux lui inspirérent pour me sauver d'ungrand péril.Télémaque, je ne doute point, me dit-il, de ce que vous medites, & je ne saurois en douter; la douceur & la vertu peintessur votre visage, ne me permettent pas de me défier de vous : jesens même que les Dieux que j'ai toujours servis, vous aiment, &qu'ils veulent que je vous aime aussi comme si vous étiez mon fils :je vous donnerai un conseil salutaire, & pour récompense je nevous demande que le secret. Ne craignez point, lui dis-je, quej'aye aucune peine à me taire sur les choses que vous voudrez meconfier ; quoique je sois si jeune, j'ai déja vieilli dans l'habitude dene dire jamais mon secret, & encore plus de ne trahir jamais sousaucun prétexte le secret d'autrui. Comment avez-vous pu, medit-il, vous accoutumer au secret dans une si grande jeunesse ? jeserai ravi d'apprendre par quel moyen vous avez acquis cette quali-, qui est le fondement de la plus sage conduite, & sans laquel-le tous les talens sont inutiles ?Quand Ulysse, lui dis-je, partit pour aller au siège de Troye,il me prit sur ses genoux, & entre ses bras (c'est ainsi qu'on me l'araconté). Après m'avoir baisé tendrement, il me dit ces paroles,quoique je ne pusse les entendre : O mon fils ! que les Dieux mepréservent de te revoir jamais ; que plutôt le ciseau de la Parquetranche le fil de tes jours, lorsqu'il est à peine formé, de mêmeque le moissonneur tranche de sa faux une tendre fleur qui com-mence à éclore; que mes ennemis te puissent écraser aux yeux de ta-mère & aux miens, si tu dois un jour te corrompre & abandon-ner la vertu. O mes amis ! continua-t-il, je vous laisse ce filsqui m'est si cher, ayez soin de son enfance. Si vous m'aimez, é-loi-E 5