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Les avantures [aventures] de Télémaque, fils d'Ulysse
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VIII
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DISCOURS SURVIIIde ces Critiques, ne peut-on pas leur représenter avec respect, que cette colé-re contre le goût allégorique de l'Antiquité, peut-être portée trop loinAu reste, je ne prétends pas justifier Homére dans le sens outré de ses aveu-gles admirateurs; il vivoit dans un tems les anciennes Traditions sur la Theo-logie Orientale commençoient déja à être oubliées. Nos Modernes ont doncquelque sorte de raison, de ne pas faire grand cas de la Théologie d'Homére :& ceux qui veulent le justifier tout à fait sous prétexte d'une Allégorieperpétuelle, montrent qu'ils ne connoissent point assez l'esprit de ces vérita-bles Anciens, en comparaison de qui, le Chantre d'Ilion n'est lui-même qu'unModerne.Sans continuër plus longtems cette discussion, on se contentera de remarquerque l'Auteur du Télémaque, en imitant ce qu'il y a de beau dans les Fablesdu Poëte Grec, a évité deux grands défauts qu'on lui impute. Il persona-lise comme lui les Attributs divins, & en fait des Divinitez subalternes; maisil ne les fait jamais paroître qu'en des occasions qui méritent leur présence. Ilne les fait jamais parler ni agir, que d'une maniére digne d'elles. Il unit avecart la Poësie d'Homére & la Philosophie de Pythagore. Il ne dit rien que ce queles Payens auroient pu dire ; & cependant il a mis dans leurs bouches ce qu'ily a de plus sublime dans la Morale Chrétienne, & a montré par- que cetteMorale est écrite en caractéres ineffaçables dans le cœur de l'Homme, & qu'illes y découvriroit infailliblement, s'il suivoit la voix de la pure & simple Rai-son, pour se livrer totalement à cette Vérité souveraine & universelle qui éclai-re tous les esprits, comme le Soleil éclaire tous les corps, & sans laquelle tou-te Raison particuliére n'est que ténébres & égarement.Les idées que notre Poëte nous donne de la Divinité, sont non-seulementdignes d'elle, mais infiniment aimables pour l'Homme. Tout inspire la con-fiance & l'amour ; une piété douce, une adoration noble & libre, duë à laperfection absoluë de l'Etre infini; & non pas un Culte superstitieux, sombre& servile, qui saisit & abat le cœur, lorsqu'on considére Dieu seulement commeun puissant Législateur qui punit avec rigueur le violement de ses Loix.Il nous représente Dieu comme amateur des Hommes, mais dont l'amourSes Idéesde la Divi& la bonté pour nous ne sont pas abandonnez aux décrets aveugles d'une Des-tinée fatale, ni méritez par les pompeuses apparences d'un Culte extérieur, nisujets aux caprices bizarres des Divinitez Payennes; mais toujours réglez parla Loi immuable de la Sagesse, qui ne peut qu'aimer la Vertu & traiter les Hom-mes, non selon le nombre des Animaux qu'ils immolent, mais des Passionsqu'ils sacrifient.On peut justifier plus aisément les Caractéres qu'Homére donne à ses HérosDes Mœursdes Héros que ceux qu'il donne à ses Dieux. Il est certain qu'il peint les Hommes avecd'Homère. simplicité, force, variété & passion. L'ignorance nous sommes des cou-tumes d'un Païs, des cérémonies de sa Religion, du génie de sa Langue; ledéfaut qu'ont la plupart des Hommes, de juger de tout par le goût de leur Sié-cle & de leur Nation; l'amour du faste & de la fausse magnificence, qui a gâtéla Nature pure & primitive; toutes ces choses peuvent nous tromper, & nousdégoûter mal à propos de ce qui étoit le plus estimé dans l'ancienne Gréce.Il y a, selon Aristote, deux sortes d'Epopée, l'une pathétique, l'autre mo-rale ; l'une, les grandes Passions regnent ; l'autre, les grandes Vertustriomphent. L'Iliade & l'Odyssée donnent des éxemples de ces deux espéces. Dansl'une, Achille est représenté naturellement avec tous ses défauts; tantôt commeem-