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Texte (1867)
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XLVI
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des lieux, il est difficile de fixer des prescriptions à ce sujet. Tout artiste, tout homme de goût comprendra quelles sontles parties principales à découvrir, les distances à choisir, pour les apercevoir dans les meilleures conditions. Cette recherche,d'ailleurs, ne peut être faite que sur le terrain. Les points de vue sont naturellement fort nombreux; il faut donc faire uneassez grande quantité d'esquisses pour se bien renseigner; et ces études sont indispensables, qu'il s'agisse d'un jardin de stylerégulier ou d'un jardin pittoresque.

Un semblable travail paraît, au premier abord, assez considérable, et exige sans doute des connaissances plus étenduesque celles qui sont exigées, d'ordinaire, des compositeurs de jardins. Mais, pour progresser, il faut perfectionner les méthodes etintroduire l'exactitude dans les procédés empiriques. C'est le seul moyen de relever l'art des jardins, beaucoup trop délaisséet trop méconnu de nos jours.

Un jardin régulier est un décor compliqué. On y distribue, si on le juge à propos, les lignes fines et les effets clairs dumarbre et de la pierre. Les oppositions de tons, la correction des contours, produisent un agréable effet, surtout quand leclimat est propice. Les massifs d'arbres doivent encadrer, et non cacher l'architecture; les silhouettes des plantations doiventêtre composées de telle sorte, qu'il soit facile à l'œil d'en saisir le mouvement et de le rattacher à l'ensemble. On doit segarder des détails trop compliqués, qui sont bons sur un dessin, mais que l'oeil ne peut discerner après leur exécution. La scienceconsiste à faire une chose simple, en employant des formes toujours justifiées. Les rampes, les escaliers, les glacis doivent êtreagencés de manière à rendre la promenade aisée, et à offrir, dans tout le parcours, des tableaux nouveaux et gracieux. Il fautrechercher la variété dans l'unité, créer un dessin facile à comprendre. 11 importe que la nature soit arrangée pour l'homme; quechaque objet accuse bien son individualité; qu'il soit en rapport de grandeur avec lui; qu'il fasse appel à ses sensations lesplus délicates, et porte l'empreinte de son génie et de sa volonté; que tout enfin lui soit subordonné. Telles sont les règlesà observer et le point de départ de l'inspiration de l'artiste, laquelle jouera toujours, au surplus, le rôle principal.

Les combinaisons à réaliser sont infinies. Les ressources naturelles dont l'artiste peut disposer sont les eaux, les richessesvégétales et la nature environnante. Les eaux sont une des magnificences du jardin, soit qu'on les emploie en formant desbassins tranquilles les arbres et le ciel se reflètent, soit qu'on les utilise en jets d'eau ou en cascades (Fig. 80* à 85*).Une végétation vigoureuse est indispensable. De petits arbres, sans vigueur, ne peuvent guère composer un beau jardin français.Les avenues, les massifs ne sont remarquables que s'ils sont formés d'arbres de haute taille. Si le terrain est ingrat, mieux vautabandonner ce style, qui n'admet pas une végétation médiocre.

Enfin la nature environnante doit composer les fonds des tableaux. On doit en étudier et en faire ressortir les meilleursaspects. Une belle vue doit motiver la création d'une percée, et influer ainsi sur la composition générale, au point d'êtrequelquefois le motif principal de la disposition d'un plan.

Les terrasses, les pelouses et les plates-bandes étant tracées autour de l'édifice de manière à en dégager les abords, on peutreprocher à quelques compositions d'établir toujours, à une certaine distance, d'épais massifs de grands arbres, et de mettrecomme un bois en arrière des parterres : bois qui masque la vue, et dont les ouvertures sont souvent trop rétrécies.

Un autre reproche fait par quelques critiques, c'est que les charmilles et les quinconces conservent l'humidité. C'est unblâme qui ne s'adresse qu'aux jardins des contrées du Nord. Quand les parties boisées ont une grande étendue, il est importantde les ventiler et de les aérer. Les végétaux s'en trouvent bien; le jardin y perd son aspect monotone; et les éclaircies,accompagnées de pelouses ornées de vases ou de statues, sont de beaux sujets décoratifs (75*).

Un des traits distinctifs du jardin régulier, c'est que les arbres sont choisis et groupés d'après leur taille. C'est aussipour ce motif que l'on réunit, le plus souvent, des arbres de môme espèce, afin d'obtenir des masses de feuillages très-régulières. Mais si ce procédé est bon pour la formation du couvert des allées, il n'en est plus de môme quand il s'agitdes parties boisées contiguès, parce qu'il produit des nuances générales trop uniformes et une sorte de sécheresse d'aspect.Pour combattre cette uniformité de coloris, il faut alors introduire dans les massifs des espèces variées, et à peu près de mômehauteur. Rien non plus n'oblige à planter en forme de quinconce les massifs de haute futaie, destinés à la promenade (Fig. 93*);ce mode de plantation est monotone. Aux Tuileries on a abandonné celte méthode. On a conservé seulement un certain nombred'alignements formant les allées, et l'effet obtenu est très-satisfaisant. Donc, si les lignes régulières d'arbres de haute taille,formant l'encadrement des parterres, sont généralement adoptées, on peut atténuer ce qu'elles ont de trop sévère, en les coupantfréquemment, en y multipliant les pelouses intérieures, en plantant des massifs plus ouverts, et en ne poussant pas la régularitéjusqu'à l'absurde. Il faut éviter de faire quelque chose de choquant; mais, ceci observé, on peut ouvrir à volonté des perspectives,et avoir un jardin plus ou moins ombragé, plus ou moins fleuri. Il est bon aussi d'éviter l'emploi trop répété des lignes droites;« l'ennui naquit un jour de l'uniformité. » Les alignements circulaires, quand le rayon est assez étendu, produisent un bon effet.

Le style des jardins réguliers est perfectible comme celui des jardins anglais, et nous devons ajouter qu'il a besoin d'êtrebeaucoup amélioré. 11 offre certainement autant de ressources que son rival, si l'on ne veut pas s'en tenir à des systèmes vieillis,à des détails d'un goût douteux. On peut et l'on doit, nous l'avons déjà dit, transformer la plantation des massifs et celledes parterres, rendre ceux-ci plus fleuris, plus touffus, leur faire perdre cette apparence de maigreur et de sécheresse quin'est pas en rapport avec le reste de la composition.

11 ne faut pas admettre non plus qu'il soit indispensable de tailler les arbres, dans un jardin régulier, de façon àmodifier leur attitude naturelle. Les plantations des allées droites, au lieu dôtre taillées en palissade, peuvent fort biens'accommoder de la végétation libre, à la condition de retrancher les branches basses, qui peuvent gêner la vue ou obstruer lapromenade. Il faut certainement soigner et diriger l'arbre, l'empêcher de prendre des formes disgracieuses; mais la taille est