FOlaine loua un jour beaucoupun jeune homme qu'il trou-va dans une Assemblée, eh;c'est votre fils, lui dit-on.La Fontaine qui avoit quel-quefois des distractions quilui ôtoient la mémoire, ré-pondit froidement: Ah!J'en suis bien aise. Ce Poéteavoit fait un Prologue à latête d'un Conte licencieux,pour louer le grand Ar.nauldt; Mrs Despreaux & Ra-cine, à qui il le montra, semirent à rire, & lui firentremarquer l'indécence qu'ily avoit de choisir un pareilOuvrage pour louer M. Arnauldt. Madame de la Sa-bliere retira chez elle LaFontaine, & prit soin dela fortune du Poéte, quipar son caractere étoit incapable d'y veiller. Un jourquelle congédia tous sesdomestiques; je n'ai gardéavec moi, dit-elle, quemes trois animaux, monchien, mon chat, & La Fontaine. Il eſt vrai que ce Poé-te ſi fin & ſi délicat dans ſesOuvrages, avoit quelquechose de stupide dans sonair, dans son maintien, &même dans ſa converſation;c'est pourquoi Madame deBouillon ne pouvant comprendre qu'un tel homme.pût écrire avec tant d'eſprit,diſoit de la Fontaine: C'eſt
FO279un Fablier, comme l'on ditd'un arbre qui porte despommes, C'e$t un Pommier.Cependant, La Fontaine sa-nimoit quelquefois, & onretrouvoit dans ſes diſcoursl'homme de génie. Une par-ticularité qu'il ne faut pasoublier, est que ce Poétequi a tant écrit contre lesfemmes, a toujours eu beaucoup de respect pour elles ;& quoique ses vers soientsouvent très-licencieux, ilne laissait jamais échapperaucune équivoque. Sa répu-tation sur cet article étoitsi bien établie, que les me-res le consultoient sur l'é-ducation de leurs filles, &les jeunes personnes, sur lamaniere de ſe conduire dansle monde. Encore un traitqui fait voir l'idée que LaFontaine donnoit de ſa per-sonne: La Garde qui etoitauprès de lui, dans la der-niere maladie dont il estmort, voyant le zèle aveclequel M. Pouget l'exhor-toit à la pénitence, lui dit :Eh! ne le tourmentez pastant, il est plus bête que mé-chant. Il s'est peint d'aprèsnature, dans son EpitapheJean s'en alla comme il étoitvenu, &c. La Fontaine sedécida pour la Poésie, à lalecture d'une Ode de Malherbe. Il lut avec soin lesS iv