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L'ALBANE.

220 ENTRETIENS SUR LES VIESperçût bien de la perte qu'il fai$oit, $e trou-vant privé du secours de son amy, dont lesbons avis ne luy estoient pas peu utiles. Sou-haitant de le rejoindre, il fit si bien, quequelque temps aprés il entra au$$i $ous LouïsCarache. Cependant cette amitié si fortequi estoit entre le Guide & l'Albane, ne du-ra pas toûjours. La froideur se mit insensi-blement parmy eux, & on n'a en trou-ver d'autre cauſe, que la jalouſie qui naiſt ai-sément entre les personnes de mesme pro-fession, à mesure que leur reputation aug-mente. Je ne m'arresteray pas à vous dire,ce qui porta l'Albane à aller à Rome,les ouvrages qu'il y fit, & comment il s'ymaria : vous sçaurez seulement, qu'ayantperdu la femme qu'il y avoit prise, il enépousa une autre à Boulogne, qui estoitd'honneste famille, mais qui n'avoit pasbeaucoup de bien. Sa beauté, son esprit& son merite empescherent l'Albane des'arrester à l'interest. Il luy sembla que ceparty luy ſeroit d'autant plus avantageux,qu'outre qu'il auroit la satisfaction d'avoirune femme tres-accomplie, il trouveroit enelle un modéle d'une grande beauté, quipourroit luy servir pour ses ouvrages, sans