250 ENTRETIENS SUR LES VIESAchilles que la colere $e forme & $e re$panddans les courages des hommes genereux, avecune douceur qui ſurpaſſe celle du miel. Cepen-dant, quoique le propre de la colere soit dechercher à se satisfaire par la vengeance, il nefaut pourtant pas donner des marques d'unegrande colere a tous ceux qui ſont dans lesbatailles & dans le carnage. Si l'on peint desSoldats qui combatent & qui ſont déja cou-verts de bleſſures, il eſt bon de les repreſenterfortement animez de cette pa$$ion. Mais unPrince, ou un General d'armée, qui victorieuxira poursuivant son ennemy, & terassant ceuxqui se rencontrent devant luy, ne doit pas ceme semble, paroistre avec un visage, où soientimprimées les dernieres & les plus fortes mar-ques de la colere. On le doit peindre hardy& courageux, & non pas furieux & enragé.Il faut menager cette passion dans un grandCapitaine qui doit ſe conduire toujours avecjugement & avec prudence. Ainsi sur le visagede Constantin, qui est dans cette grande ba-taille peinte par Jule Romain, on n'y voitpoint cette fureur qui paroiſt dans les Soldats.Il est vray qu'il peut y avoir tels sujets & tellesrencontres, où cette forte expression ne doitpas estre rejettée. Raphaël s'en est servy quand
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3 (1684)
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