224 ENTRETIENS SUR LES VIESque nous appelons douleur, & celuy de Thi-manthe exprimoit cette autre paſſion que nousnommons tristesse.Or comme la tristeſſe, qui eſt donc la douleurde l'esprit, peut naistre des objets passez, despresens & de ceux que l'on croit devoir arri-ver, il faut que le Peintre prenne garde à re-presenter dans son ouvrage les choses qui doi-vent marquer ces trois temps. Cela $e peutfaire en faiſant ſeulement voir la triſteſſe ſur levi$age des per$onnes qui en doivent e$tre tou-chées. Par exemple si on represente Ariadnesur le bord de la mer, lors que Bachus la trou-ve triſte & abatuë, à cauſe de l'infidelité de ce-luy qui l'a laiſſée, il n'y aura que cette Princeſ-ſe qui paroîtra affligée, parce que le ſujet de ſondéplaiſir n'eſt pas preſent ny connu, & qu'il n'ya qu'elle qui le ſçache. Car pourquoy Bachus& ceux de ſa ſuite qui la rencontrent, reſſen-tiroient ils quelque douleur, puis qu'ils ne con-noi$$ent point encore cette femme affligée, & nevoyent point quelle eſt la cauſe de ſon déplaiſir.Celuy qui repreſenta Melagre que l'on por-toit au Tombeau, mit fort a propos la tri-stesse sur le visage de ceux qui rendoient à cemort les derniers devoirs, parce que le ſujetestoit present. Que si un Peintre veut faire pa-roître
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