Du PLAISIRET DE LAjovr.
218 ENTRETIENS SUR LES VIESje vous prie, de raporter tout ce que vous yavez remarqué.C'est en effet, luy repartis-je, une partie sinecessaire, & si considerable dans la Peinture,que je ne croy pas qu'on puiſſe rien dire de plusimportant, & qui vous donne plus de plai$ir,lors que vous verrez quelques Tableaux, oùles paſſions ſeront bien repreſentées.Le plaisir même que j'en reçois déja, dit Py-mandre, n'eſt il pas une paſſion dont il faut quevous parliez. Oüy sans doute, luy repliquay-je, s'il e$t vray que le plai$ir $e forme dans l'amepar la preſence des objets, qui nous donnentde la joye. C'est de cette joye qui fait espa-noüir le cœur, comme une fleur qui eſcloſt,que ſe forme le ris, qui n'eſt que l'effet & uneaparence exterieure de la paſſion interieure.Mais, interrompit Pymandre, le ris vientaussi quelquefois d'une émotion corporelle,& non pas de la joye; comme celuy qui proce-de du chatoüillement des aiſſelles, dont l'on aveu autrefois des Gladiateurs mourir en riant,à cauſe qu'ils avoient eſté bleſſez ſous le bras.Je penſe, répartis-je, que cette ſorte de risn'est pas fort agreable ; & comme il est seule-ment cauſé par quelque nerf, ou par quelquemu$cle offenſé, je ne crois pas qu'il faſſe ſur le