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ET LES OUVRAGES DES PEINTRES. 205& que meſme M. Pouſſin nous en parloit unjour avec grand mépris.M. Poussin, luy repartis-je, ne pouvoit riensouffrir du Caravage, & disoit qu'il estoit ve-nu au monde pour destruire la Peinture. Maisil ne faut pas s'estonner de l'aversion qu'il avoitpour luy. Car ſi le Pouſſin cherchoit la nobleſ-ſe dans ſes ſujets, le Caravage ſe laiſſoit empor-ter à la verité du naturel tel qu'il le voyait.Ainsi ils estoient bien opposez l'un à l'autre.Cependant si l'on considere en particulierce qui dépend de l'art de peindre, & ce quiregarde le jugement & l'esprit du Peintre,on verra que pour ce qui eſt de l'art, Michel-Ange de Caravage l'avoit tout entier ; j'en-tens l'art d'imiter ce qu'il avoit devant lesyeux. En voyant le portrait qu'il a fait duGrand-Maistre de Malthe qui est dans leCabinet du Roy, vous avoüerez qu'on nepeut jamais rien faire de plus beau, parce quecomme il n'avoit à faire qu'un portrait, il aimité $i parfaitement la Nature, qu'il n'a rienlaiſſé à y deſirer.Mais cette partie de bien peindre les corpstels qu'on les voit, n'eſt pas ce qui fait entiere-ment les grands Peintres : Il y en a encore d'au-tres qui la doivent accompagner, & que l'onCc iij